L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Modérateur : marathon

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 10 juin 2018, 08:59

L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Image
LIonel Cardon, lors de son procès à Bordeaux en 1986




Lionel Cardon, 60 ans, doit comparaître demain devant les assises de la Haute-Garonne pour deux vols à main armée avec séquestration en août 2015. Pour l'ancien ennemi public, en grève de la faim, cela ressemble à un rendez-vous manqué.



Les images, en noir et blanc, s'entrechoquent. Évoquer Lionel Cardon, c'est replonger dans les années 80 quand ce garçon alors âgé de 25 ans, tout juste sorti de prison pour des braquages, est devenu l'ennemi public numéro 1. Soupçonné d'être impliqué dans la mort des époux Aran, un couple de médecins bordelais en octobre 1983, Lionel Cardon a été traqué pendant six semaines.

Mortelle randonnée

Il a joué à cache-cache avec les enquêteurs de la police judiciaire, bénéficiant au passage d'une guerre des services de police. Au moment où les policiers avaient enfin réussi à l'identifier grâce au travail de la sûreté bordelaise, une fuite dans la presse a poussé le suspect à disparaître encore. Cette course en avant s'est terminée dans le sang, Lionel Cardon abattant dans le bois de Boulogne, à Paris, de deux balles de 7,65 Claude Hochard, un motard de la préfecture de police qui l'avait pris en chasse.


Après quelques confidences médiatiques, Lionel Cardon a fini par se rendre non sans avoir séquestré une avocate dont il n'avait pas apprécié la plaidoirie… C'était le 24 novembre 1983. Trois ans plus tard, en avril et décembre 1986, il est condamné à perpétuité pour le meurtre du motard, puis à 30 ans pour celui des époux Aran. Son retour en prison, agité, est marqué par deux tentatives d'évasions, des violences par dizaines, des transferts et plus de quinze ans d'isolement ! Une rage, une révolte qui s'est pourtant calmée, au détour d'une rencontre avec un responsable de l'administration pénitentiaire qui l'a poussé vers la boxe.

La boxe, passeport pour l'extérieur

La boxe, un sport, un défouloir devenu ami intime et passeport pour l'extérieur et la réinsertion. «Il y a cru, vraiment», confie Peggy Faivre qui anime depuis le Lot-et-Garonne une page de soutien à Lionel Cardon. Sorti après 33 ans de détention, à 54 ans, Lionel Cardon voyait son avenir dans la boxe. Il est devenu prévôt, premier grade pour entraîner. Il a l'œil, le bon, pour conseiller les jeunes. Tout le monde affirme vouloir l'aider. «Mais peu sont encore présents, confie, déçue, Peggy-Faivre… Quand vous sortez de trente ans de prison, faut tout réapprendre, la moindre démarche est compliquée. C'est difficile de trouver un boulot après 50 ans, alors si vous sortez de prison avec vos exploits affichés sur internet !».

«Quand Lionel Cardon a vu que rien ne se concrétisait, ses vieux démons l'ont repris. Face au vide, il a replongé», explique Me Edouard Martial, son avocat.

Au cœur de l'été 2015, le 2 août à Labarthe-sur-Lèze chez un couple de bijoutiers de Muret, puis le 21 août chez une agent des postes de Seysses, au sud de Toulouse, il a débarqué en pleine nuit. Avec un complice, il a raflé pierres et cash mais a laissé ses empreintes et son ADN partout. Les gendarmes de la section recherches de Toulouse l'ont identifié. Lionel Cardon a été surpris par les gendarmes du GIGN sur la Côte d'Azur le 22 octobre 2015. Sa cavale a duré à peine deux mois. Face aux enquêteurs, puis à la doyenne des juges d'instruction Myriam Viargues, il reconnaît tout.

Son retour en détention se passe mal. Le juge d'application des peines révoque sa conditionnelle et le condamne à trois ans de prison. «Il a vécu ça comme une injustice supplémentaire. Déjà il aurait dû sortir au bout de 30 ans de prison. Il en a exécuté 33. Trois de plus, alors qu'il n'était même pas jugé pour la nouvelle affaire, il l'a mal supporté…»

En grève de la faim, il pèse 43 kg

Pour crier sa colère, Lionel Cardon a décidé de se mettre en grève de la faim. L'administration pénitentiaire, peu sensible à cette révolte peu sérieuse au départ, a laissé courir. Mais l'homme est têtu. Et depuis environ deux mois, le jeûne a transformé son corps. «Aujourd'hui il pèse 43 kg, vit sous assistance respiratoire. Il ne mange plus et boit un verre d'eau par jour», prévient Me Edouard Martial qui a sonné l'alerte. Comment dans de telles conditions participer à son procès ? Le président Michel Huyette a nommé un expert qui doit se prononcer avant l'ouverture de l'audience prévue demain lundi à 14 heures à Toulouse. Le report paraît inévitable. Les victimes, traumatisées par l'été 2015, s'inquiètent.

«Elles attendent beaucoup du procès. Pour tourner la page. Les vraies victimes ce sont elles, dénoncent Mes Alice Patoureaux et Vanessa Brunet-Ducos, leurs avocates. Les problèmes de réinsertion de Lionel Cardon ne les concernent pas !»



Source : La Dépêche le 10 juin 2018




Une page Facebook a été créé en octobre 2017 pour son comité de soutien "Comité de soutien à Lionel Cardon" ainsi qu'une association ayant pour but de le soutenir dans sa démarche et ses actions en justice.



https://www.facebook.com/ComitedesoutienLionelCardon/

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

Re: L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 11 juin 2018, 12:47

Procès Lionel Cardon : des victimes encore traumatisées

>

Le couple de bijoutier et la postière, victimes des braquages en 2015, restent choqués. Le lourd passé criminel de Lionel Cardon, dont le procès doit s’ouvrir ce lundi à Toulouse, a ajouté à leurs tourments.


Dans la nuit du 2 août 2015, un couple de bijoutiers de Muret (Haute-Garonne) est séquestré à son domicile par deux hommes armés. L’un contraint le bijoutier à le conduire à son commerce pour lui ouvrir le coffre où argent et bijoux sont dérobés



Le 21 août 2015, à Seysses, même mode opératoire : réveillée en pleine nuit chez elle par un homme armé, frappée à la tête d’un coup de crosse, la responsable du bureau de poste est emmenée à son lieu de travail où le braqueur exige l’ouverture du coffre avant de prendre la fuite. Lionel Cardon, identifié par ses empreintes ADN, sera interpellé à Antibes (Alpes-Maritimes). Son comparse du premier vol arrêté à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

« Terrifiée à l’idée de revivre son agression »

« Chaque fois qu’elle en parle, elle se met à pleurer », décrit l’avocate de la postière, Me Alice Patoureaux, qui décrit une victime « très traumatisée ». « Elle a dû changer de travail. Elle souffre encore de troubles du sommeil et de flash-back. Elle attend ce procès avec l’espoir de pouvoir passer à autre chose tout en étant terrifiée à l’idée de revivre son agression. »


Le couple de bijoutiers reste également « très fragilisé », rapporte leur conseil Me Vanessa Brunet-Ducos. « Quand ils ont eu connaissance du parcours de cet homme, cela les a encore davantage effrayés. Ils ont eu postérieurement


Source : Le Parisien le 10 juin 2018

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

Re: L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 14 juin 2018, 19:06

Tous les avocats de la défense quittent le procès Cardon



Coup de tonnerre hier à la cour d'assises. En l'absence de Lionel Cardon - hospitalisé à Toulouse depuis vendredi en raison d'une grève de la faim qui lui a fait perdre 40 kg - et d'un refus du renvoi de son procès, ses avocats ont tout bonnement quitté la salle. Et dans leur sillage, ils ont emporté les conseils de Mohamed B., coaccusé aux côtés du célèbre braqueur. Il est reproché à l'ex ennemi public n° 1 des années 80 des faits de vols avec violences, enlèvements et séquestrations commis en 2015 à Labarthe-sur-Lèze, avec un complice, et à Seysses où il a agi seul selon ses propres aveux.



Estimant qu'un procès «digne» n'aurait pas pu se dérouler sans leur client, Mes Pierre Blazy, Edouard Martial et Pierre Le Bonjour ont refusé d'être commis d'office par le président de la cour, comme la loi le prévoit lorsqu'un avocat refuse de représenter son client à un procès. Michel Huyette a en effet estimé que l'état de «maigreur extrême de Lionel Cardon qui n'est pas sans rappeler certaines images de la Seconde Guerre mondiale», selon les mots du médecin légiste qui l'a examiné hier, était une «tentative de mainmise sur l'institution judiciaire». «Après avoir été avisé de la tenue de son procès, il a choisi de se mettre dans un état physique ne permettant pas sa comparution. Il a implicitement refusé le processus judiciaire et n'a jamais demandé un report de son procès», explique Michel Huyette qui redoutait que d'autres accusés fassent de même à l'avenir. Sans oublier la «souffrance» des parties civiles ou la détention provisoire de Mohamed B.

«On se retrouve coincés»

Pourtant, les avocats du complice de Cardon, Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck, ont refusé que les dossiers soient disjoints. «Ce n'est pas dans l'intérêt de mon client d'être jugé dans ces conditions et d'assumer l'intégralité de l'affaire», note Me Martin. Un ajournement requis par l'avocat général, David Sénat. «Le bon compromis serait de décider d'un renvoi mais un seul et unique.»



La cour en a décidé autrement et s'est attiré les foudres de la défense. «Je n'ai jamais vu une affaire pareille ! Il est impensable de salir ma robe dans ces conditions !», lâche Me Blazy à la sortie. Et ses confrères l'ont martelé : il s'agit d'une question de principes, de «ligne rouge à ne pas franchir pour l'honneur du métier» selon Me Le Bonjour. «Juger en l'absence de celui qui n'a plus que la peau et les os, une langue tellement pâteuse qu'il est incapable de faire une phrase, oui, c'est une histoire de dignité !», estime Me Martial.

Tous encourent des sanctions devant le conseil de discipline de l'Ordre. Voire, la radiation. Et cela n'empêchera plus le procès d'être audiencé jusqu'à vendredi. Mais ce ne sont pas les conséquences pour sa carrière qui préoccupait le plus Me Franck hier. «On se retrouve coincés : sans Cardon, on prend le risque d'être chargés pendant 5 jours et si le président avait commis d'office d'autres avocats, ils auraient dû demander un report pour préparer sa défense. C'est une position très compliquée mais c'est ce que j'estime devoir faire. Maintenant, le pauvre est sans défense.»


Source : La Dépêche le 12 juin 2018

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

Re: L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 14 juin 2018, 19:07

L'avocate des époux braqués : «C'est encore Lionel Cardon qui décid




Ambiance quelque peu surréaliste, hier, à la cour d'assises. Sans la présence de Lionel Cardon, hospitalisé pour une grève de la faim, et après le départ des cinq avocats de la défense, la salle paraît bien vide. Tel un invité dans son propre procès, les yeux cernés, physique élancé mais tassé dans le box des accusés, Mohamed B. regarde les enquêteurs défiler à la barre pour expliquer comment ils ont réussi à interpeller l'ex ennemi public n°1 après des vols avec violences, enlèvements et séquestrations commis en 2015 à Labarthe-sur-Lèze et Seysses. «J'ai fait venir le GIGN en raison de sa dangerosité et de son jusqu'au-boutisme», détaille le gendarme en charge de son arrestation à Antibes après deux mois de fuite. «Il avait tout l'arsenal nécessaire pour une cavale», précise-t-il.



Puis ce fut au tour de Mohamed, confondu lors d'un vol à Saint-Nazaire, à qui on reproche d'avoir séquestré l'épouse du bijoutier de Seysses pendant que Cardon contraignait le mari à lui remettre 20 000€ à son magasin. Et pourtant, les débats semblent comme amputés, tronqués. «Pour les victimes, cette grève de la faim signifie que c'est encore Lionel Cardon qui décide et qui impose son mépris de leur souffrance. Sur le fond, c'est toujours mieux qu'un accusé s'exprime mais il a déjà tout reconnu : il n'y a aucun suspense», analyse Me Vanessa Brunet Ducos, avocate des époux bijoutiers victimes d'un home jacking à Labarthe sur Lèze.

Un avis partagé par sa consœur des parties civiles, intervenant pour l'employée de La Poste enlevée à Seysses. «Il n'avait qu'à venir pour évoquer les problèmes de réinsertion puisque c'est cela son message, estime Me Alice Patoureaux. Il y a un côté frustrant… Et la crainte de l'appel : ce sera un procès de plus, une agression de plus à revivre pour les victimes.»



Source : La Dépêche le 13 juin 2018

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

Re: L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 14 juin 2018, 19:09

12 ans de prison requis contre le braqueur Lionel Cardon


«Je ne me suis jamais sentie aussi avocate que quand je suis partie lundi et quand j'ai pris la décision de revenir pour répondre au désarroi d'un client en pleurs.» Contre toute attente, Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin, partis lundi avec les avocats de Cardon pour s'insurger contre l'absence de renvoi d'un procès qu'ils estiment tronqué, sont réapparus pour plaider, hier, à la cour d'assises de la Haute-Garonne, au corps défendant de Mohamed B. Cet homme est accusé d'être le complice du célèbre braqueur Lionel Cardon à qui on reproche des faits de vols avec violences, d'enlèvements et de séquestrations commis en 2015 à Labarthe-sur-Lèze et Seysses.



«Une star vieillissante»

«Il a honte. À mon avis d'expert, ce n'était qu'une marionnette dans cette affaire», explique le psychologue s'appuyant sur les confidences de Mohamed qui a séquestré, à Seysses, l'épouse du bijoutier pendant que Cardon enlevait le mari pour se rendre à son magasin de Muret «Mohamed nous dit qu'il avait aussi peur qu'elle alors qu'il avait un couteau à la main ! Mais de qui se moque-t-on ?», s'époumone l'avocat général, David Sénat, qui a requis six ans de prison et une interdiction définitive de paraître en France.

En revanche, même s'il a appelé la cour à ne pas se laisser influencer par l'incommensurable passé criminel de Lionel Cardon, l'avocat général a asséné une sacrée droite au boxeur. Énumérant les «aides» dont il avait bénéficié après ses deux libertés conditionnelles et les avertissements du juge sur l'incompatibilité de son projet de reconversion professionnelle dans la boxe, David Sénat a dressé le portrait «d'une star vieillissante, telle une ancienne gloire du passé qui essaie de remonter sur scène comme Âge tendre et tête de bois ». Ses réquisitions ont fait mention de 12 ans de prison. La décision sera mise en délibéré ce matin, à 9 heures. Verdict tout à l'heure. De leur côté, les victimes «traumatisées» ont renoncé à leur «vie normale». Bien loin des considérations sur la réinsertion.

Source : La Dépêche le 14 juin 2018

marathon
Messages : 6315
Enregistré le : 09 oct. 2016, 09:49

Re: L'impossible réinsertion de Lionel Cardon

Messagepar marathon » 14 juin 2018, 19:10

VERDICT



L'ex-braqueur Lionel Cardon condamné à 20 ans de prison à Toulouse


Lionel Cardon vient d’être condamné à 20 ans de prison par la cour d’assises de la Haute-Garonne ce jeudi midi. Mohamed B., complice du célèbre braqueur dans l’une des deux affaires jugées depuis lundi, a écopé de 8 ans de prison et interdiction définitive de paraître sur le territoire français.


Ils étaient poursuivis pour des vols avec violences, enlèvements et séquestrations commis en 2015 à Seysses et Labarthe-sur-Lèze. L'avocat général, David Sénat, avait respectivement requis 12 et 6 ans de réclusion. Les jurés, quatre hommes et quatre femmes, sous la présidence de Michel Huyette en ont décidé autrement.

Lionel Cardon était absent à son procès en raison d'une grève de la faim qui lui a fait perdre 40 kg. Devant le refus du président de reporter le procès, ses avocats avaient quitté le procès.


"Des condamnations qui fracassent définitivement des vies humaines"

Lionel Cardon, l'ex ennemi public n° 1 des années 80, était poursuivi pour vols avec violences, enlèvements et séquestrations commis en 2015 à Labarthe-sur-Lèze, avec un complice, et à Seysses où il a agi seul selon ses propres aveux. Il a déjà écopé par deux fois de la perpétuité.

Ce jeudi après-midi, ses avocats, par la voix de Me Edouard Martial, ont indiqué qu'ils interjettent appel: "Après un procès dans le silence, des condamnations qui fracassent définitivement des vies humaines. Rien d'étonnant dès lors qu'il avait été décidé que ce procès se déroulerait sur le squelette de celui qui ne pouvait pas se défendre. L'audience en appel sera celle des gens bien entendants et surtout pas, muets."

De leur côté, Mes Martin et Franck, avocats de Mohamed B., envisagent également un appel. "C'est un bien triste procès à oublier et ce, à bien des égards. La justice n'en sort pas grandie", estiment-ils.

Mais la perspective d'un nouveau procès est redoutée par les parties civiles. "Cela va être une épreuve de plus", selon Me Alice Patoureaux, avocate des époux bijoutiers de Seysses.



Source : La Dépêche le 14 juin 2018


Retourner vers « Europe »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité