UNE OBSESSION QUI CONDUIT AU MEURTRE

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marathon
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UNE OBSESSION QUI CONDUIT AU MEURTRE

Messagepar marathon » 10 déc. 2017, 17:56

UNE OBSESSION QUI CONDUIT AU MEURTRE




Il n’y a plus que deux options dans sa vie : disparaître ou faire disparaître. Et c’est la seconde qu’il va choisir…

Dans le garage du pavillon plongé dans la pénombre, l’homme attend en retenant son souffle, tous les sens en éveil. Il est habillé de noir de la tête aux pieds. Il s’est même maquillé les joues de noir, à la manière d’un commando militaire. Un poignard à la ceinture, un autre à la cheville, cela fait maintenant quatre heures qu’il est là, tapi dans l’obscurité. Mais il sait que le moment est venu. Il est 7 heures du matin, en ce mardi 16 avril. Il entend enfin du bruit de l’autre côté de la cloison. La propriétaire s’est levée. L’oreille aux aguets, il la suit au bruit dans sa petite routine matinale. La chasse d’eau des toilettes du premier. Les craquements de pas dans l’escalier. Il sait qu’elle va forcément venir jusqu’à lui. Elle ne pourra pas y échapper : il a lui-même coupé le courant au tableau électrique pour l’obliger à venir le rétablir dans le garage.


Il l’entend entrer dans la cuisine, elle doit tenter d’allumer la cafetière, puis tester les interrupteurs. Il perçoit ses pas dans le couloir. Ça y est, elle est là. La porte du garage s’ouvre. La femme de 51 ans s’avance à tâtons pour chercher le disjoncteur. C’est l’instant qu’il choisit pour lui sauter dessus dans un cri sauvage. Il l’empoigne par les cheveux et la plaque au sol. Il attrape le poignard fixé contre sa cheville, lui colle la lame contre la gorge, et commence à la secouer durement, en faisant rebondir son crâne contre le ciment. Ce qui est en train de se passer dans cette cave est d’autant plus incroyable qu’Olivier Lebrun, l’agresseur, n’a rien d’un pervers ni d’un tueur. Agé de 47 ans, employé à la signalisation de la SNCF depuis des années, c’est un père de famille tranquille. Ou du moins, il était tranquille, jusqu’au drame qui les a frappés, sa compagne et lui, en avril 2011.

L’univers entier s’effondre sous leurs pieds



A cette époque, le couple est inquiet : leur petit dernier, Nino, 6 mois, a un comportement étrange. Le bébé semble complètement désorienté. Il a les yeux qui tournoient sans logique, et n’arrive plus à fixer une main ou un jouet. Il a aussi le crâne anormalement gonflé. Très anxieux, Olivier et Sophie l’emmènent aux urgences. Et quelques examens plus tard, c’est l’univers entier qui s’effondre sous leurs pieds. Les médecins leur apprennent que Nino présente tous les symptômes du « bébé secoué ». L’enfant a été violemment agité dans les airs, sans doute par un adulte, sans doute pour l’empêcher de pleurer. Le résultat, ce sont de graves lésions cérébrales, et deux hémorragies au niveau des nerfs optiques, dont les conséquences sont irréversibles. Nino sera aveugle. Laissant leur bébé à l’hôpital, Olivier et Sophie rentrent chez eux complètement désintégrés.
Leur bébé de 6 mois a un comportement étrange. Il semble complètement désorienté…
Pour Olivier, il n’y a pas à chercher bien loin : seule Nelly Le Bouard, la nounou, a pu commettre ce crime. Ils ont commencé à lui donner­ Nino à garder il y a seulement quelques semaines. Ancienne militaire, la nourrice, agréée pour s’occuper des tout-petits, semblait idéale : elle habite sur le même trottoir que Sophie et Olivier, à deux pas de leur pavillon, à Savennières, un village situé sur les rives de la Loire. Mais maintenant qu’il y repense, Olivier se souvient que le premier matin où elle a gardé Nino, elle s’était embrouillée dans les horaires de biberons, et avait oublié de lui en donner un, pourtant dûment préparé. Avec le recul, le père de famille ne met pas longtemps à réécrire le scénario. Affamé, Nino a dû pleurer. La nourrice s’est énervée et a dû le secouer comme un prunier pour le faire taire


Olivier porte plainte quelques jours plus tard à la gendarmerie. Pourtant, les jours suivants, il constate que la nourrice continue à s’occuper d’enfants. Qu’attend donc la justice pour la suspendre ? L’enquête est en cours, lui dit-on. En réalité, le médecin légiste qui a examiné Nino a conclu que les secousses qui l’ont rendu aveugle pourraient s’être produites bien avant que l’enfant ait été confié à Madame Le Bouard. Du coup, Sophie et Olivier sont entendus à leur tour, soupçonnés ! Le juge leur annonce qu’on va leur retirer la garde de leur petit Nino pendant quelques mois. Le temps de comprendre. Le temps d’être sûr. Merci, au revoir. C’est leur univers qui s’écroule une deuxième fois. Ce devait être un été heureux. Après des années de vie commune, Olivier et Sophie avaient prévu de se marier officiellement. Mais la cérémonie est reportée, évidemment. Même si le couple est certain d’être innocenté, certain de retrouver la garde de leurs deux garçons, comment avoir envie de faire la fête quand Nino est en train de perdre la vue ? Olivier remâche sa souffrance entre les quatre murs de son pavillon.
« Elle se débat. Elle parvient à me prendre le couteau que j’ai dans la main. J’ai peur de mourir… »
Par un incroyable coup du destin, voilà que les soucis professionnels s’en mêlent. Il apprend qu’avec la réorganisation de la SNCF, son poste de chef de circonscription va être supprimé. En remplacement, la compagnie lui propose un autre job, à Nantes. Mais qu’est-ce qu’il irait faire à Nantes ? Il refuse net. En attendant qu’une solution soit trouvée, il traîne chez lui en survêtement avec la nourrice qui continue d’exercer, trente mètres plus loin. L’oisiveté. La rancune. Et bientôt l’alcool. Le trio gagnant pour faire capoter n’importe quel couple ! Obsédés par leur malheur, Olivier et Sophie commencent à s’éviter. Livré à lui-même, Olivier se persuade que les gendarmes « couvrent » la nourrice à cause de son passé militaire. Il ne supporte plus ceux qui continuent à penser que Nelly Le Bouard est une femme bien. Sa longue descente dans les abysses de la dépression va ainsi durer deux ans. Deux ans à voir passer devant chez lui la nounou avec sa double poussette transportant des bébés. Jusqu’au soir où il va définitivement péter les plombs.

Tapi dans l’ombre, il attend sa proie


Cette nuit du 15 au 16 avril 2013, il est 2 h 30 du matin lorsqu’Olivier Lebrun se lève. Il quitte la couette sans un bruit. Avec le cachet que sa femme a pris pour dormir, il sait très bien qu’il n’a aucune chance de la réveiller ! Puis il rassemble le petit matériel qu’il a spécialement préparé. Tenue de Lycra noir de la tête au pied. Bottes. Couteaux, et aussi une sorte de glaive, bricolé avec une vieille machette. Il va jusqu’à se maquiller le visage de noir, pour se fondre totalement dans la nuit. Puis il sort discrètement de chez lui. A pas furtifs, il s’approche de chez Nelly Le Bouard. Il fracture la porte du garage, et va tout droit au compteur pour faire disjoncter le courant. Puis il se tapit dans l’ombre, dans l’attente de sa proie. Dans son délire, il a même apporté un brouilleur d’ondes téléphoniques, pour empêcher la quadragénaire d’appeler les secours avec son portable ! L’attente va ainsi durer toute la nuit. Et c’est finalement à 7 heures, on l’a vu, que Nelly Le Bouard se lève. Elle descend à la cuisine, constate qu’il n’y a plus de courant. Gagne le garage pour remettre le disjoncteur. Et c’est alors qu’il lui saute dessus et la fait basculer au sol, en lui frappant le crâne contre le ciment nu.

Je lui tape la tête contre le ciment »

La suite ? Olivier Lebrun l’a racontée lui-même, la semaine dernière. Devant les assises d’Angers.
— Je me revois dans ce garage, s’est-il rappelé d’une voix blanche. Nelly arrive, je la renverse. Je lui tape la tête contre le ciment. Je veux des réponses. Mais elle se débat, elle parvient à me prendre le couteau que j’ai dans ma main. Elle essaye de m’en mettre un coup au plexus. Mais je réussis à attraper l’autre couteau, que j’ai à la ceinture. J’ai peur de mourir. Je frappe à mon tour… Et après je ne sais plus bien… Tout ce dont je me souviens, c’est sa voix, une voix douce, me disant : « Pardon pour Nino. » Enfin… Je crois… Et puis je me revois ensuite chez moi, avec mes vêtements couverts de sang. Je me lave au robinet, j’ai mal, j’ai le mollet blessé, trois doigts entaillés. Je me déshabille. Je prends une douche. Puis je balance tous les vêtements sales dans la cheminée, et j’allume un grand feu. C’est alors que j’entends ma femme qui se lève. Elle arrive au salon, me regarde. Je suis en slip devant le feu. Je n’ose pas lever les yeux. J’ai honte…

Du sang sur ses semelles

Nelly Le Bouard sera retrouvée à peine quelques minutes plus tard, par un papa venu lui déposer son fils. La pauvre femme gît toujours dans le garage. Le corps lardé de 18 coups de couteau, et les deux lames toujours enfoncées dans ses chairs. L’une dans le cou. L’autre dans le thorax. Arrivés dans la foulée, les gendarmes iront tout droit chez Olivier Lebrun et le retrouveront eux aussi devant la cheminée, avec encore le sang de sa victime sur ses semelles. Au terme de trois ans de procédure, Olivier Lebrun était donc jugé, la semaine dernière, pour le meurtre de Nelly le Bouard, tandis que sa femme Sophie (qu’il a épousée entretemps) comparaissait pour « non-empêchement de crime ». Un procès crève-cœur pour une histoire crève-cœur.

Privé de son papa pendant longtemps
.
Que reste-t-il aujourd’hui de ce drame ? Derrière toutes ces vies brisées, un mystère jamais résolu. Qui a secoué le petit Nino ? Malgré l’enquête approfondie des gendarmes, rien ne prouve que la nourrice ait pu commettre un geste pareil. Ses autres clients l’ont défendue bec et ongles, continuant de lui confier leurs propres enfants. Mais alors qui ? Si les rapports médicaux suggèrent que le bébé a probablement été secoué avant de voir la nourrice pour la première fois, on n’en sait pas davantage. Sinon qu’en plus d’être aveugle, le petit garçon va désormais être privé de son papa pour de très longues années : Olivier Lebrun a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle. Sa femme, quant à elle, a écopé de 18 mois de prison avec sursis… ■

Source : Détective le 22 juin 2016

marathon
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Re: UNE OBSESSION QUI CONDUIT AU MEURTRE

Messagepar marathon » 10 déc. 2017, 17:58

Maine-et-Loire : 25 ans en appel pour avoir massacré la nourrice de son “bébé secoué”

Olivier Lebrun a vu sa condamnation à 25 années de réclusion criminelle confirmée en appel

Son bébé de six mois était devenu aveugle après avoir été secoué. La nounou l’avait payé de sa vie. Mais était-elle responsable ?


C’est l’histoire d’une immense douleur qui vire à la psychose. Les faits remontent à 2013. Âgé de 47 ans, Olivier Lebrun et son épouse Sophie constatent alors avec angoisse que leur dernier né, un petit Nino, âgé de 6 mois, semble complètement désorienté. Ses yeux tournoient sans logique. Il ne parvient plus à fixer une main ou un jouet. Son crâne est anormalement gonflé.

Fous d’inquiétude, les parents l’emmènent aux urgences. Le sol se dérobe alors sous leurs pieds. On leur apprend que l’enfant souffre du syndrome du “bébé secoué”. Violemment agité dans les airs, sans doute par un adulte, pour l’empêcher de pleurer, le nourrisson souffre de graves lésions cérébrales. Deux hémorragies sont constatées au niveau des nerfs optiques. Irréversibles. Nino sera aveugle.


Qui a pu commettre ce geste fatal ? Pour Olivier, cela ne fait aucun doute. Nelly Le Bouard, la nounou, qui garde Nino depuis seulement quelques semaines, est responsable. Ancienne militaire, elle habite à deux pas de leur pavillon de Savennières (Maine-et-Loire), un village situé sur les rives de la Loire. Les parents portent plainte. Mais l’enquête ne permet pas de déterminer qui a secoué Nino. Olivier et Sophie sont même suspectés de l’avoir fait eux-mêmes…




Le bambin leur est retiré par la justice, le temps de démêler l’affaire. Nouveau coup de massue. Celui de trop. Employé de la signalisation à la SNCF, Olivier connaît des déboires professionnels. Il sombre dans l’alcool. Le couple se déchire. Germe alors dans son esprit de père ravagé par la souffrance une idée folle : supprimer Nelly Le Bouard. La source, à ses yeux, du handicap de son bébé et de sa propre déchéance.

Dans la nuit du 15 au 16 avril 2013, Olivier Lebrun se lève vers 2h30 du matin. Il se maquille le visage en noir, enfile une tenue lycra de la même couleur, et, muni de plusieurs armes blanches, fracture la porte du garage de la nourrice. Il fait sauter les plombs de la maison. Le piège est tendu.


La victime avait été militaire avant de demander son agrément pour garder des enfants (DR).



A son réveil, vers 7 heures, Nelly constate que l’électricité ne fonctionne pas. Elle descend au garage pour réenclencher le disjoncteur. Olivier lui saute dessus, lui frappe la tête au sol avant de la larder de coups de couteau et de s’enfuir. Quelques minutes plus tard, la victime est retrouvée dans un bain de sang par un papa venu déposer son enfant. Une dague de chasse plantée dans la gorge. Un couteau de boucher dans le thorax.

Condamné une première fois pour assassinat, Olivier Lebrun a vu sa peine confirmée, hier, en appel, par la cour d’assises. Vingt-cinq ans de réclusion. Épilogue judiciaire d’une affaire jonchée de souffrance et peuplée de victimes…



Source : Détective le 9 décembre 2017


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