Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

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marathon
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Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

Messagepar marathon » 28 mai 2017, 17:47

Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

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Tommy Recco, corse d'origine et emprisonné à Borgo, saura ce vendredi si le juge d'application des peines de Bastia lui accorde ou non la libération qu'il réclame.Tommy Recco, 82 ans, est l'un des détenus les plus âgés de France.

Tommy Recco, né en Corse, devient un meurtrier dès l'âge de 24 ans. Pris en flagrant délit de braconnage par son parrain, garde-chasse, il le tue.


Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, son comportement en prison de détenu modèle lui permet de sortir de prison 17 ans plus tard sous le régime de la liberté conditionnelle.

Deux ans après sa libération, Tommy Recco devient un tueur en série

Le 22 décembre 1979 , trois jours avant Noël, les trois caissières de l'hypermarché Mammouth de Béziers qui travaillent dans la salle de comptage, sont tuées d'une balle dans la nuque et la recette disparaît : 700.000 francs de l'époque, soit quelque 110.000 euros qui ne seront jamais retrouvés. Les victimes n'ont pas 30 ans. Pas d'indice, pas de trace...

Trois semaines plus tard, à Carqueirane, dans le Var, deux adultes et une fillette de 11 ans sont abattus d'une balle dans la nuque. Les enquêteurs remontent jusqu'à Tommy Recco qui avoue. Il s'est disputé avec cet "ami" et l'a tué avant de retourner son arme contre l'enfant et un voisin, devenus des témoins gênants. Puis Tommy Recco se rétracte.

Le procureur de Béziers, chargé de la tuerie du Mammouth fait le parallèle : les six victimes ont été exécutées selon le même mode opératoire. Les investigations démontrent alors que Tommy Recco s'était rendu quelques semaines avant le drame dans l'hypermarché pour effectuer une livraison. Et un témoin est formel : ce jour là , il avait été frappé par l'attitude "bizarre" de cet homme au regard bleu acier.


"Je suis innocent à 100%, comme le Christ"

Son procès aux assises s'ouvre en juin 1983. Tommy Recco nie farouchement les six meurtres et crie son innocence. Mais les preuves sont là et Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sans peine de sûreté.

Pour la sixième fois, Tommy Recco demande à être libéré. Avec sept meurtres à son actif et plus de 50 ans passés derrière les barreaux, l'octogénaire demande aujourd'hui une suspension de peine pour raisons de santé.
•Le mari d'une des victimes, Guy Maurel était ce vendredi l'invité de France Bleu Hérault



Source : France Bleu Hérault le 19 mai 2017

Un petit rappel

Tommy Recco (né Joseph-Thomas Recco à Propriano en 1934) est un tueur en série français connu pour avoir assassiné son parrain en 1960. Il a été condamné à la réclusion criminelle pour ce meurtre en 1962. Libéré en 1977, il tue trois caissières à Béziers en décembre 1979 ainsi que trois autres personnes dont une fillette de 11 ans à Carqueiranne en janvier 1980. Il a été condamné en 1983 à la réclusion criminelle à perpétuité sans peine de sûreté pour ces deux triples meurtres. Détenu depuis 1980, Tommy Recco est l'un des plus anciens détenus de France


.Implication supposée dans la disparition de trois touristes allemandes et premier meurtre

Il y a plus d'un demi-siècle, le procès sur la disparition en mer de trois jeunes touristes allemandes qu'il aurait promenées près des côtes ajacciennes débouchent sur un non-lieu.

En 1960 à Propriano, en Corse, Tommy Recco et son jeune frère Pierre pêchent à la dynamite. Soudain, ils se font repérer par un garde maritime, Casabianca, qui se trouve être le parrain de Tommy Recco. Par peur d'avoir une amende et pris de panique, Tommy Recco se rue sur la plage et tire avec son fusil sur son parrain ; pour s'assurer qu'il est bien mort, il le frappe plusieurs fois avec la crosse de son fusil et prend une grosse pierre et lui heurte violemment la tête avec cette dernière. Une fois revenu au bateau Tommy Recco refuse de s'expliquer face à son jeune frère qui voit du sang sur les mains de Tommy et sur le fusil. Les policiers de Propriano se rendent sur la plage à la suite de la découverte du corps du parrain de Tommy Recco. Ces derniers découvrent des débris verts près du cadavre qui laissent penser que ces débris proviennent de la crosse d'un fusil. Ces débris verts pourraient venir d'un fusil appartenant à des pêcheurs ou des braconniers, selon les policiers. Puis une rumeur raconte que Tommy Recco pourrait ne pas être étranger à cet assassinat. Les policiers décident d'interroger Tommy Recco et s'aperçoivent qu'il est le filleul de la victime. Tommy Recco nie toute implication dans le meurtre de son parrain. La famille de Tommy Recco, menée par la mère de ce dernier (déjà endeuillée par la mort d'un des frères de Tommy dans un accident de voiture et par le décès en bas-âge d'un nourrisson), se soude au maximum et croit dur comme fer en l'innocence de Tommy. Mais quelques mois plus tard, Pierre, le frère de Tommy Recco, dénonce ce dernier à la police en racontant les cris qu'il a entendus le jour du meurtre du parrain. Tommy Recco est de nouveau interrogé et nie mais, au bout de plusieurs heures, avoue être l'auteur du meurtre. Il raconte qu'il ne voulait pas payer d'amende à cause de la pratique de la pêche à la dynamite et qu'il a totalement dérapé. Il s'est rué sur la plage pour tuer le garde maritime. Cependant, à la suite de ses aveux, Tommy Recco se rétracte. Son procès a cependant lieu le 8 décembre 1962. L'avocat général réclame la peine de mort sans l'obtenir. Recco est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité3.

Triple meurtre des caissières de Mammouth

Au cours de son incarcération, Tommy Recco apprend les multiples drames qui touchent sa famille : un de ses frères, Toussaint, est tué en 1973 par son beau-frère qui avait un différend avec lui, puis Pierre, son jeune frère, est tué en 1976, alors qu'il ancrait son bateau, par deux hommes encagoulés. Une de ses sœurs, Francine, l'épouse de l'assassin de Toussaint, tombe de l'escalier quelques mois plus tard et meurt ; accident, suicide ou vendetta ? Personne ne le sait.

Libéré en conditionnelle en novembre 1977, Tommy Recco se rend à Marseille pour commencer une nouvelle vie et travaille dans un magasin qui vend des combinaisons de plongée. Puis, en décembre 1979 une tuerie se produit au magasin Mammouth de Béziers dans l'Hérault ; trois caissières âgées de moins de 30 ans ont été exécutées dans la salle de comptage de la recette du magasin3. Par ailleurs 700 000 francs (110 000 €) ont été volés. L'enquête s'avère difficile pour les policiers car personne n'a rien vu ni entendu. Les policiers constatent que les trois victimes ont toutes été tuées d'une balle dans la nuque et supposent que le(s) tueur(s) n'ont pas peur de passer à l'acte et supposent par la même occasion que le(s) individu(s) ont sans doute déjà tué. La brigade de police de Béziers a des difficultés à retrouver le(s) commanditaire(s) de ce triple meurtre et l'enquête est au point mort.

Triple meurtre de Carqueiranne

Puis trois semaines plus tard, en janvier 1980 à Carqueiranne, dans le Var, une fillette de 11 ans entend son père se disputer avec un autre homme. Elle décide d'appeler sa mère à son travail (un foyer pour enfants) mais la mère a déjà quitté son lieu de travail. La petite fille parle alors à la directrice du foyer, qui prévient tout de suite les voisins les plus proches de la fillette. Monsieur Coutrix, le voisin de la fillette, se rend chez cette dernière pour voir ce qui se passe. Inquiète de ne pas voir son mari revenir, Mme Coutrix se rend chez la fillette et dans la maison découvre le corps de son mari par terre ainsi que celui de la fillette. Elle prévient la gendarmerie et une fois sur place celle-ci découvre, dans le sous-sol de la maison, le cadavre du père3. Les gendarmes recueillent un indice prépondérant : la fillette a signalé à la directrice de sa mère que son père était en train de se disputer avec « le cousin de René ». Les gendarmes procèdent à des recherches pour déterminer qui est « le cousin de René ». Ces derniers découvrent qu'un certain Tommy Recco a un cousin qui se nomme René et qu'il connaît le père de la fillette.

Enquête

Immédiatement interpellé, Tommy Recco nie tout en bloc et le gendarme qui l'interrogeait est obligé de partir. Un autre gendarme prend la relève et Tommy Recco voit sa cousine partir de la brigade de gendarmerie. Surpris, ce dernier demande au gendarme pourquoi sa cousine était ici et ce dernier réplique qu'elle était ici à cause de « ce que tu as fait ». Puis Tommy Recco veut bien raconter pourquoi il a tué les trois personnes à la villa. Recco déclare qu'il voulait acheter une arme au père de la fillette, qu'il connaissait bien. Ce dernier aurait refusé, une dispute aurait éclaté, Recco a vu rouge et a décidé de le tuer. Ensuite celui-ci sort du sous-sol, traverse le jardin, rencontre Monsieur Coutrix qui venait voir ce qui se passait, l'a suivi dans la maison et l'a tué d'une balle dans la nuque. Mais il s'est retrouvé seul face à la fillette et raconte qu'il a paniqué ; il l'a alors tuée aussi pour ne pas laisser de témoins. Toutefois, à la suite de ses déclarations, Tommy Recco se rétracte3.

Par ailleurs, le Procureur de la République chargé de l'affaire de la tuerie de Béziers, a connaissance du triple meurtre de Carqueiranne et constate que les trois victimes de Carqueiranne ont toutes été tuées d'une balle, comme les trois caissières de Mammouth. Il fait équipe avec le Procureur chargé du triple meurtre de la villa et, à la suite d'expertises, découvre que c'est certainement la même arme ou le même type d'arme qui a servi à tuer les trois caissières et les trois victimes de la villa de Carqueiranne. Tommy Recco est donc interrogé sur son éventuelle implication dans le triple meurtre de Béziers mais ce dernier réfute tout. Néanmoins, en mai 1980, un retraité se présente au commissariat de Toulon et déclare que la personne responsable du triple meurtre de Carqueiranne, dont la photo est publiée dans le journal, était présente au magasin Mammouth le jour de la tuerie. Le retraité raconte que cette personne, à savoir Tommy Recco, avait un comportement suspect et qu'il scrutait des yeux le magasin comme s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose. Le retraité se souvient de cette personne en raison de ses yeux bleus étincelants. De nouveau interrogé et confondu par un témoin, Tommy Recco nie avoir été au magasin Mammouth en décembre 1979. Le retraité reconnaît par la suite Tommy Recco lors d'une séance de tapissage.

Deux reconstitutions sont organisées : une au magasin Mammouth et l'autre dans la villa de Carqueiranne, mais ces reconstitutions n'apportent rien de concret dans la mesure où Tommy Recco n'apporte aucun élément qui puisse expliquer pourquoi il a commis les deux triples meurtres. Toutefois les policiers apprennent que Tommy Recco avait livré une combinaison de plongée, dans le cadre de son travail, au magasin Mammouth ; Tommy Recco a pu alors en profiter pour repérer les lieux et revenir un autre jour pour dérober de l'argent. Le butin n'a jamais été retrouvé.

Tommy Recco attend son procès et entre temps les policiers apprennent qu'Antoine Recco, le frère de Tommy, est impliqué dans la disparition de deux jeunes filles de 21 ans. En effet, début 1982, une rumeur raconte qu'Antoine Recco pourrait être impliqué dans la disparition de deux touristes françaises en septembre 1981. Les policiers décident de l'interpeller pour l'interroger sur les deux jeunes filles disparues. Antoine Recco nie, mais d'autres policiers trouvent sur le bateau d'Antoine les maillots de bains appartenant aux jeunes filles ; Antoine Recco raconte alors qu'il a bien rencontré ces filles, qu'il les a emmenées sur le bateau pour une balade. Mais Antoine a voulu les séduire, les filles ont résisté à ses avances et il les a étranglées, lestées et jeté leurs corps à la mer. Antoine Recco a été condamné en août 1986 à la réclusion criminelle à perpétuité pour ces deux meurtres3. Antoine Recco a été libéré pour raison médicale en mai 20104. Il continue à vivre en Corse.

Procès

Le procès de Tommy Recco s'ouvre le 6 juin 1983. Mama Recco, la mère de Tommy, et Chantal Recco son épouse sont les deux seules personnes qui croient en l'innocence de Tommy. Pendant tout le procès Tommy clame son innocence. Il est interrogé notamment sur le mobile du meurtre du père de la fillette à Carqueiranne. Tommy Recco reconnaît tout de même son côté impulsif qui l'a sans doute poussé à tuer son parrain vingt-trois ans plus tôt. Les experts psychiatres sont interrogés sur l'état mental de Tommy Recco et ces derniers déclarent que Recco est sain d'esprit, qu'il n'est pas fou. Son caractère bouillant et impulsif a entraîné une bouffée de violence incontrôlée l'ayant poussé au meurtre. Me Paul Lombard est un défenseur de Tommy Recco. À la fin du procès Tommy Recco est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité sans peine de sûreté3.

Tommy Recco purge toujours sa peine et est un des plus anciens détenus de France. Il est en prison depuis plus de trente ans et il est actuellement incarcéré au centre de détention de Borgo (Haute-Corse). Fin 2013, il fait une nouvelle demande de libération conditionnelle et suspension de peine pour raisons de santé, mais sa requête est refusée le 24 avril 2014.

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Re: Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

Messagepar marathon » 28 mai 2017, 17:48

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Re: Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

Messagepar marathon » 28 juin 2019, 08:07

Tommy Recco, meurtrier de trois femmes à Béziers demande pour la sixième fois une suspension de peine


Incarcéré depuis 1983 pour les tueries de Béziers et Carqueiranne, le plus vieux détenu de France devait demander une supension de peine pour raisons médicales. En l'absence de ses avocats, l'audience a été reportée à la fin novembre



L'administration pénitentiaire devait examiner cet après-midi, une nouvelle demande de suspension de peine pour raisons médicales de Tommy Recco, mais l'audience a été reportée au 29 novembreen raison de l'absence de ses deux avocats, Me Jean-Sébastien de Casalta et Me Lhôte.
L'homme, aujourd'hui âgé de 85 ans est désormais le plus vieux détenu de France. Il est incarcéré à Borgo en Haute-Corse pour les tueries de Béziers et de Carqueiranne.

Deux triples homicides
Joseph-Thomas Recco dit Tommy Recco avait été condamné en juin 1983, par la cour d’assises de Draguignan, à la réclusion criminelle à perpétuité pour deux triples homicides, celui de 3 caissières du supermarché Mammouth de Béziers, le 22 décembre 1979, et celui d'une fillette, de son père et d'un de leurs voisins, commis à Carqueiranne (Var) le 18 janvier 1980.

Déjà condamné à perpétuité
En 1962, il avait déjà été condamné à perpétuité pour le meurtre d'un garde-pêche. Il avait été libéré en 1977 et avait perpétré les deux tueries pour lesquelles il est incarcéré depuis 1983.
Santé compatible avec la détention

En juillet, il effectuera également une nouvelle demande de libération conditionnelle.
"Sa détention a-t-elle encore un sens, interroge son avocat Maître Alain Lhôte. Un rapport de l'administration pénitentiaire était plutôt favorable à sa libération il y a deux ans, indique l'avocat mais les médecins estiment aujourd'hui que son état est compatible avec le maintien en détention malgré des problèmes cardiaques et respiratoires".

Les familles des victimes sereines

Les familles des victimes, se "disent sereines pour la suite des évènements".
"Aucune pathologie ne contredit sa détention, précise Guy Maurel, mari d'une caissière tuée à Béziers".

La dernière demande formulée il y a deux ans, avait été rejetée par la cour d'appel de Bastia.


Source : France Info le 24 juin 2019

marathon
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Re: Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

Messagepar marathon » 28 juin 2019, 08:55

Un article de Paris Match du 11 mai 2018

"Comment je suis devenue amie avec le plus vieux criminel de France"

Rien n’aurait du les réunir. Sinon une passion commune pour la mer. A travers une relation épistolaire, l’apnéiste Francine Kreiss s’est rapprochée de Thommy Recco, septuple meurtrier, enfermé depuis 56 ans. Elle a découvert un personnage trouble, entre trou noir et énergie solaire. Elle en a tiré un livre, « Le Squale » (Editions du Cherche Midi), où l’on découvre que les abymes sont parfois peuplés de monstres terriblement attirants. Un ouvrage déstabilisant. A commencer pour l’auteur.

Paris Match.Pourquoi avez vous choisi d’écrire un livre sur Thommy Recco, un des plus vieux détenus de France, reconnu coupable de 7 meurtres ?
Francine Kreiss. Parce que je partage avec lui une passion viscérale pour le monde marin. Je suis obsédée, parfois aliénée, par la liberté que me procure l’apnée. Etre confrontée à un homme qui a connu cette même liberté, et a fait le choix de la perdre à perpétuité, ça m’interpelle. J’ai voulu partir en exploration dans la tête d’un homme, comme on explore une cité interdite. Une épave sombre, profonde et dangereuse.

Quel portrait psychologique de Thommy Recco feriez vous aujourd’hui ?
Je pense avoir une vision trop personnelle désormais et je n’ai pas les aptitudes d’un psychiatre. Pour moi, Thommy est un trou noir. Personne ne sait de quoi est faite la matière noire qui le constitue. Tout le monde l’appelle le Monstre, alors que j’ai eu affaire à un soleil. Thommy est double. Rusé. Il est doté d’une forme d’intelligence sur les relations humaines. C’est un séducteur, un squale. Il sait nager dans tous les courants, attaquer, surgir et séduire.

Sans révéler la fin, Thommy Recco ne cesse de clamer son innocence tout au long de votre livre. Aurait il été différent s’il vous avait avoué dès le début qu’il était coupable ?
Oui. Quand un homme reconnait ses erreurs, le dialogue que l’on instaure est différent. On peut parler plus librement des crimes commis. Se les faire expliquer même, par des silences ou des regards. Thommy se présente comme un bloc d’innocence. Oser la remettre en question c’est le mettre dans une colère noire, et choisir son camp. Qui forcément n’est pas le sien. Les échanges deviennent stériles. De squale, il devient une huitre de béton. Il faut donc trouver d’autres axes d’échanges. La mer notamment. En « voguant » avec lui de lettres en messages pendant trois ans, j’ai fini par entrapercevoir des micro-fissures dans « l’iceberg Recco ». Sous forme de non-réponses souvent, ou simplement par des colères qui n’avaient plus lieu. Parfois, j’ai été plus violente que lui. Je le suis encore. Il doit se dire quelques fois qu’il est tombé sur plus « fou » que lui. Je suis allée très loin dans le cynisme, l’humour noir et la provocation pour le déstabiliser.


Vous êtes vous inspirée de livres passés autour du même thème comme «L’adversaire » d’Emmanuel Carrère ou « De Sang Froid » de Truman Capote ?
J’ai en effet lu ces deux livres. Dans l’Adversaire, la relation était d’homme à homme. Plus journalistique. Emmanelle Carrère se défendait de toute amitié avec Romand, mais on voit au fil du livre, qu’indubitablement, nait une empathie. Je n’ai pas réussi cela. J’ai basculé dans l’amitié avec Recco. C’est choquant, mais je n’ai pas réussi à lutter contre ça. C’est là que sa manipulation est réussie. Dans l’Adversaire, il pouvait y avoir un vrai échange intellectuel car les deux personnes étaient rationnelles et conscientes qu’il fallait, chacun à leur façon, « s’attabler » autour de la table du crime. C’était constructif, structurant. Avec Recco, c’est impossible. Son déni empêche un tel échange. Il n’a aucun recul sur lui même. Il est constamment dans le 1er degré. Il y a une forme d’animal primaire en lui qui limite les échanges intellectuels. Alors que paradoxalement, il est pourvu d’une forme d’intelligence très aboutie en matière de manipulation. C’est étrange ce que je vais dire mais je pense que c’est un artiste avec une brutalité créative incroyable. Il aurait pu écrire une encyclopédie entière sur tous les alibis possibles sur une seule et même affaire. Il a l’art de faire naitre le doute chez n’importe qui. Le problème que j’ai avec Thommy c’est que je suis une femme et la séduction s’en mêle continuellement… Redoutable. Pour Truman Capote, j’ai été troublé par la ressemblance parfois entre Recco et Perry ou Dick, les protagonistes du livre de Capote. Cette « façon » de tuer si violemment pour des raisons si fades... Perry et Dick ont fini pendu. Je ne sais pas encore comment va finir Thommy. Il a été gracié deux fois par le Général De Gaulle. En prison, personne n’a osé lui faire la peau. S’il sort, ce sera compliqué pour lui mais aussi pour les autres… Recco ne se laissera jamais faire. A moins de lui tirer dans le dos.


Avez vous été en contact avec les descendants des victimes de Thommy Recco et cela a t-il changé votre façon d’aborder le sujet au cours de votre écriture ?
Par pudeur et par respect, je ne suis pas allée taper à la porte de toutes les familles des victimes. Je ne voulais pas faire un livre sur la vie criminelle de Thommy mais sur le don fabuleux qu’ont tous les membres de la famille Recco pour la mer. C’est une famille maudite par un destin effroyable, mais tout autant béni par leurs talent maritime. La seule personne avec qui je suis en contact c’est Guy Maurel, le mari de l’une des victimes. Celui qui veut la peau de Thommy, quoiqu’il arrive. L’unique fois où j’ai eu Guy Maurel au téléphone, que j’ai subodoré l’horreur de ce qu’il vit depuis 39 ans, j’ai compris sa haine. Pour la première fois, j’ai eu envie de débarquer dans la cellule de Recco et de lui mettre sauvagement mon poing dans la gueule en lui hurlant : « Mais pourquoi ???? ». Puis, j’ai estimé que cette haine n’appartenait qu’à Guy Maurel. Lui avait affaire au Recco-tueur, moi au Recco-apnéiste. J’ai décidé de continuer mon livre, comme je l’avais commencé. Je suis là pour explorer, non pour arbitrer.L’autre matin je me suis réveillée avec une photo de guillotine et de corbeaux dans mon téléphone. De la part de Guy Maurel pour Thommy Recco. Parfois, la tombe de Sylvette Maurel surgit aussi sur mon écran. Je les fais suivre à Thommy.

“ Je suis aussi un animal ”


Auriez vous écrit ce livre de toutes façon si vous ne l’aviez pas rencontré, et seulement correspondu avec lui, comme vous l’avez fait depuis 3 ans ?
Je ne sais pas. Quand j’ai compris que je n’aurai pas de parloir avec lui, qu’il allait mourir sans que je puisse le regarder dans les yeux, j’ai commencé à délaisser l’écriture. Je suis aussi un animal. Pour aller au bout des choses, j’ai besoin de croiser la matière. On peut apprendre beaucoup sur quelqu’un en 3 ans de relation épistolaire. Mais en quelques secondes, face à cette même personne, on comprend plus vite. Sous un prisme organique. Un regard, des gestes, une façon d’occuper l’espace, de rentrer dans une pièce, d’en sortir… Une expression aussi. Toutes ces choses vous donnent l’ampleur du personnage à l’aune de votre propre sensibilité. Ne pas le rencontrer aurait été une exploration inachevée. Il y a eu un évènement inattendu pendant l’écriture de ce livre. Le fils de Thommy, qui a décidé de parler après plus de 50 ans de silence. J’ai compris d’un coup que ce livre ça n’était plus seulement Thommy, mais des victimes collatérales plongées dans une douleur dont personne ne parlait. La porte de sortie du Squale, c’est finalement le lumineux Paul-Louis Recco, un miraculé de la douleur.

Quel était votre état d’esprit avant de le voir « en vrai » la première fois, dans son parloir de prison ?
J’avais besoin et envie de le rencontrer. Je raconte cet épisode en détail. La directrice de la prison m’avait expliqué qu’il était fou, dangereux, amoureux, puissant et qu’il allait me sauter dessus. C’est pour ça qu’elle refusait le parloir. Un concours de circonstances, la volonté de Thommy puis la mienne, ont fait qu’au moment où je m’y attendais le moins, le parloir s’est débloqué. Je n’avais que quelques jours pour me faire à l’idée. Une nuit, je me suis réveillée en sursaut avec des sueurs froides. J’allais rencontrer « le monstre Recco ». Les 48h précédent la rencontre, j’ai passé mon temps en mer, à nager dans de l’eau gelée et à faire de l’apnée. Sous l’eau, je ne subissais pas les angoisses contagieuses des autres, et le froid anesthésiait mes peurs. J’étais à la fois terrorisée, heureuse et curieuse de le rencontrer. Cette dissonance m’a agacée. J’ai décidé d’arrêter d’avoir peur. Recco avait toujours été galant, et bienveillant avec moi. Et je n’allais pas le rencontrer au fond d’une forêt à minuit… Dans un parloir, il y’a un bouton d’urgence. Nous sommes tous les deux sportifs mais j’ai 45 ans de moins que lui. J’aurais bondi avant lui sur le bouton rouge.

Comment s’est déroulée cette rencontre par rapport à ce que vous imaginiez ?
Tous les clichés que l’on m’avait infligés, à travers son image dans les médias notamment, ont sauté. J’ai regardé ses mains de tueur. Je n’ai vu que des mains. J’ai regardé ses yeux, ils étaient très bleus et pétillants. Je n’y ai pas vu la mort. Dans la pièce, je n’ai pas vu rentrer un tueur ; seulement un homme, heureux de me rencontrer. Son regard toutefois me laisse encore une impression indéfinissable. Derrière nos conversations de comptoir, il y avait un dialogue clandestin et silencieux. Chacun disait à l’autre : « quelle genre de créature es-tu ? ». Pour l’avoir eu avant au téléphone depuis sa prison, et lu ses lettres, je savais que la rencontre ne serait pas vide et timide. Mais j’ai été surprise par son énergie, et sa bonhommie encore plus féroce que ce que je pouvais imaginer. Et j’ai eu peur de cette complicité instantanée, évidente, qui s’est créé en quelques minutes. Je crois que c’est ce qui m’a le plus effrayé. En revanche, je n’ai pas osé une seule fois lui parler de ses crimes. Je n’oubliais pas qui j’avais en face. Un squale capable d’attaquer sa proie en quelques secondes. Alors nous avons parlé de la mer et j’ai appris quantité de choses avec lui.

Avez vous parfois eu le sentiment qu’il vous utilisait, à travers votre projet de livre, dans l’optique d’une libération qu’il réclame chaque fois qu’il en a l’occasion ?
C’est évident. Dès ses premières lettres, il ne parlait que du « livre de son innocence ». Il était convaincu que ce livre serait le recueil de ses alibis, et le ferait sortir. Ca a été un long bras de fer tonique. Mais comme lui, j’ai grandi sous l’eau. Je suis une anguille qui lui file entre les doigts. Recco ne s’essouffle jamais, c’est une machine. Il alterne séduction, colère, autorité. Il a la ténacité du nageur de combat. Et son combat, c’est son innocence.


Le lien originel entre vous est une passion commune pour l’apnée, et la mer plus largement. Imaginez vous qu’un jour, s’il était libéré, vous puissiez être «amis » ou la nature de votre relation réside t-elle aussi, dans le fait qu’il est emprisonné, et vous êtes dehors ?
Je me pose encore la question aujourd’hui. Malheureusement, j’ai la réponse. On ne peut pas avoir été aussi fusionnel pendant 3 ans, et une fois le stylo posé, oublier un homme de cette envergure. Le savoir libre sans imaginer croiser sa route est impensable. Avoir autant aimé la mer avec un homme qui en a été privé pendant 40ans, ça crée un pacte. Je ne dis pas que je le croiserai dehors sans appréhension. Il demeure ce problème sentimental, où Recco s’imagine que s’il sort, je serai sa fiancée. Je lui explique l’inverse. Il semble toujours comprendre, mais dans son monde à lui. La seule limite de Thommy, c’est qu’il n’en a pas. Recco est une créature marine, c’est là tout son drame. Mais je sais que s’il est libre, et si les gens n’ont pas le temps de le tuer, je l’emmènerai à la mer. Je veux voir le bleu de la Méditerranée rallumer celui de ses yeux.

A t-il relu votre livre et amendé certaines choses ?
Malheureusement, la Pénitentiaire de Borgo ne fait plus passer mes courriers et encore moins mes livres. Ils ont peur que Thommy ne s’évade par la pensée… Je lui avais écris une lettre très importante qu’il devait lire. Il ne l’a jamais reçue. Alors je l’ai mise dans le livre. Je suis actuellement en train d’essayer de lui faire passer le Squale par son avocat cette fois. Je lui ai écris une dédicace en lui demandant de lire la lettre en fin de livre.

Qu’a t-il pensé du résultat final ?
Je le saurai dans quelques semaines ; s’il parvient à récupérer ce livre. Je n’ai aucune idée de sa réaction. Elle sera peut être très violente. Je l’ai prévenu mainte fois que ce livre n’était pas à sa gloire. Que son fils avait enfin pu s’exprimer sur la douleur d’avoir été « fils de Thommy Recco ». Que c’était un livre littéraire. Thommy étant très premier degré, je pense qu’aux premières métaphores, il va balancer le livre à l’autre bout de la cellule en disant que les BD ça n’est pas son truc. Si le livre ne lui plait pas et qu’il est remis en liberté. J’ai intérêt à courir et nager très vite…


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À travers Thommy Recco, je vais toucher les confins de l'âme. Thommy est un trou noir. Auréolé d'une lumière fascinante, mais absorbant les étoiles de sa lumière. Il les digère, les étouffe. Serai-je l'une de ces étoiles ? Combien de temps vais-je graviter autour de cet astre sombre avant de me faire engloutir ?

Thommy Recco et Francine Kreiss n'auraient jamais dû se croiser. Ou seulement au fond de l'eau.
Il a été héros de guerre, apnéiste hors pair et meurtrier. Il croupit désormais en prison.
Elle est apnéiste, journaliste et enquête sur le passé du frère, un corailleur légendaire : Toussaint Recco, assassiné sur son bateau. Sur un quiproquo, Francine écrit à Thommy; une correspondance insolite se noue.

L'homme, emmuré jusqu'à la mort, clame son innocence. Insaisissable et manipulateur, il joue de son charme. De ses colères aussi...
Francine reste sur ses gardes, résiste. Mais, fascinée, elle poursuit irrésistiblement sa descente en apnée dans les méandres de ce personnage hors-norme que tout le monde surnomme " le Monstre ". En coulisse, elle découvre le don étrange de la famille Recco pour le monde marin : dans la tribu, Thommy demeure celui qui peut vous attirer vers les abysses.

Qui, de lui ou d'elle, infligera sa folie à l'autre ?

Véritable thriller du réel, Le Squale offre un face-à-face sidérant qui emporte par-delà le bien et le mal.

marathon
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Re: Tommy Recco, auteur de sept meurtres, demande sa libération

Messagepar marathon » 05 juil. 2020, 17:45

Affaire Recco : les familles des victimes de Béziers redoutent une éventuelle libération


La demande de libération de Tomy Recco sera examinée ce vendredi en Corse. A Béziers, les familles des victimes n'ont pas oublié. 34 ans après le braquage meurtrier d'un centre commercial biterrois, le mari d'une des trois caissières abattues lutte contre cette libération éventuelle.

Les faits remontent à décembre 1979. Trois caissières sont abattues lors d'un braquage au centre commercial "Mammouth" de Béziers. Elles sont tuées d'une balle dans la nuque pour un butin de 100 mille euros. Tomy Recco, déjà récidiviste, niera les faits et prend la fuite dans le Var où il sera arrêté quelques semaines plus tard après 3 autres meurtres qu'il reconnaîtra. Cette fois c'est une dispute qui dégénère à Carqueiranne pour une histoire d'armes. Bilan, 3 morts par balle dont une fillette de 11 ans. En 1983, Tomy Recco est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté. Il est incarcéré dans plusieurs établissements pénitentiaires, pour finir au centre pénitentiaire de Borgo, en Corse.

Aujourd'hui âgé de 80 ans, Tomy Recco est l'un des plus anciens détenus de France. La durée moyenne des perpétuités est de 20 ans. Il en fera 34. Ces multiples demandes de remise en liberté sont rejetées. Aujourd'hui encore, l'avis des experts, qui doit être donné avant l'examen vendredi de sa nouvelle demande, est négatif. Le juge d'application des peines devra répondre à cette question : après 40 ans passés derrière les barreaux, dont 25 ans de suite, Recco présente-t-il des garanties suffisantes pour ne pas récidiver?

Le détenu aurait de nombreux problèmes de santé. Il aurait eu un triple pontage coronarien et craint un cancer de la prostate. C'est à ce titre qu'il fait sa nouvelle demande en précisant qu'il souhaiterait mourir auprès des siens.

Pour plusieurs familles des victimes biterroises, cette remise en liberté n'est pas envisageable. Le mari de l'une des victimes, Guy Maurel, regrette que Tomy Recco n'ait jamais reconnu le braquage et n'ait donc jamais prononcé un mot de regret ou d'excuse lors du procès ou après.

Les trois victimes de la tuerie du "Mammouth" de Béziers étaient des caissières de moins de 30 ans.

Les trois victimes de la tuerie du "Mammouth" de Béziers étaient des caissières de moins de 30 ans. • © F3LR


Carine Alazet et Frédéric Guibal ont rencontré plusieurs de ces familles et leur avocat qui comptent peser dans la décision du juge d'application des peines.


les familles des victimes de Tomy Recco opposées à sa libération.


Source : France Info le 10 juin 2020


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