Francis Heaulme, le tueur itinérant

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Francis Heaulme, le tueur itinérant

Messagepar marathon » 04 déc. 2018, 18:32

Francis Heaulme, le tueur itinérant

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PORTRAIT - Tueur en série atypique, Francis Heaulme a semé la mort au gré de ses pérégrinations sur les routes de France. Il a été reconnu coupable de neuf meurtres. Tous d'une extrême brutalité.


Dresser le portrait de Francis Heaulme, c'est entreprendre un macabre décompte. Celui de ses meurtres, neuf à ce jour. De ses procès aux assises, bientôt onze. Mais aussi de ses condamnations: «le routard du crime» a pris deux fois perpétuité et cumule, pour d'autres affaires, 125 années de prison, dont 53 de sûreté. Incarcéré depuis 26 ans, il terminera très probablement sa vie au fond de sa cellule. Avant d'être arrêté, l'existence de Francis Heaulme a été sordide et marginale, celle d'un grand escogriffe paumé sur lequel l'existence s'est acharnée avant qu'il ne s'acharne à son tour sur celle des autres.


«Son père lui mettait des raclées avec un nerf de bœuf»

Francis Heaulme a grandi dans «la misère morale et économique», au sein d'une famille imbibée d'alcool. Quand son père Marcel cognait sa femme, Jeanne, le futur tueur tentait de les séparer. «Sa mère est la seule à l'avoir aimé», raconte aujourd'hui un avocat au dossier de l'affaire de Montigny-lès-Metz. «Son père lui mettait des raclées avec un nerf de bœuf quand il était petit et l'enfermait dans la cave en le privant de nourriture. C'est sa mère qui venait le libérer en douce et qui lui donnait à manger.» Pour cet avocat, Heaulme a toujours eu du mal à avouer ses crimes car les reconnaître revenait à désobéir à cette mère toute sacrée qui lui avait appris à distinguer le bien du mal.




Vélo et alcool

Avec son allure un peu asexuée et son faible QI, son père, qui le traitait de «guignol», ne l'a jamais considéré comme un Heaulme, un vrai. Plus tard, les médecins lui diagnostiqueront un syndrome de Klinefelter, qui se traduit par la présence d'un chromosome féminin supplémentaire. Ses testicules sont atrophiés et ses glandes mammaires plus développées. Selon des experts, cette anomalie génétique ne serait pas à l'origine de sa dérive criminelle mais aurait contribué à lui façonner une personnalité confuse. De sa triste enfance, reste aujourd'hui sa petite sœur Christine, qui continue de lui rendre visite en prison et pour laquelle il garde une profonde affection.

Francis Heaulme en 1999, lors du procès sur le meurtre de Jean Rémy, tué en 1992 à Boulogne-sur-Mer.
La seule passion qu'on connaisse au jeune Francis Heaulme, c'est le vélo. L'adolescent fait partie d'un club local dont il arbore tout le temps le maillot de lycra. Il est fier de son Mercier rose, le même que Poulidor. Quand il ne s'évade pas en roulant, Francis Heaulme trouve une échappatoire dans le travers familial: l'alcool. Il commence à boire de grandes quantités de bière dès l'âge de 16 ans. Ses beuveries l'entraînent à commettre des violences contre lui-même: il s'automutile et fera, plus tard, plusieurs tentatives de suicide.

Tour de France

La mort de sa mère, le 16 octobre 1984, sera une déflagration pour le Mosellan de 25 ans. Le jour de l'enterrement, il se jette désespérément sur son cercueil. Trois semaines plus tard, le jeune homme endeuillé débute son itinéraire mortifère. Sa première victime, croisée à Montauville, s'appelle Lyonnelle Gineste, 17 ans. Cette apprentie boulangère est enlevée avec l'aide d'un complice, Joseph Molins, rencontré peu de temps auparavant. La jeune femme est violée avant d'être étranglée et égorgée. L'année suivante, ce qui lui restait de famille explose. Son père refait sa vie, sa sœur se met en couple. Sans emploi et sans logement, il s'installe chez sa grand-mère, à Veaux, tout près de Montigny-lès-Metz, où deux enfants de 8 ans seront massacrés en septembre 1986. C'est pour ce double infanticide qu'il comparaît en appel devant la cour d'assises de Versailles à partir de ce mardi.

Heaulme a enchaîné les procès, où il se laisse en général photographier. On le voit ici en 2001, alors qu'il est jugé pour le meurtre d'Annick Maurice, commis en 1986.
Commence ensuite une vie d'errance. Le «routard» entame un tour de France, trace sa route, à pied, en autostop ou par le train, sans itinéraire précis. Son seul objectif: sillonner le pays dans le sens des aiguilles d'une montre. Heaulme enchaîne les hospitalisations et les foyers Emmaüs, le tout à travers 37 départements. Une fuite comme une réponse au malaise interne qui le ronge. L'espérance qu'une vie au jour le jour fera disparaître les contraintes et les soucis. Souvent ivre, il tue au hasard de ses voyages et de ses pulsions. À Charleville-Mézières, en 1988, puis l'année suivante, à Port-Grimaud, tout au sud de l'Hexagone. Un mois plus tard, le marginal poignarde sauvagement une aide-soignante de 49 ans sur une plage de Bretagne.

Les «affaires en cours»

«Le routard» commet son dernier meurtre à Boulogne-sur-Mer, le 5 janvier 1992. Son parcours criminel prend fin deux jours plus tard à Bischwiller, dans le Bas-Rhin, grâce au témoignage d'un de ses compagnons de fortune. Il est arrêté par les gendarmes de la section de recherche de Rennes qui enquêtaient sur le meurtre de l'aide-soignante commis en Bretagne. Face au gendarme Jean-François Abgrall, «l'arpenteur de l'Hexagone» avoue ce meurtre et s'accuse, au passage, de deux autres crimes, des «pépins», comme il les appelle.


«Heaulme a l'habitude de transposer en permanence les faits, en mêlant des éléments d'une affaire dans une autre»
Jean-François Abgrall, enquêteur qui a arrêté le tueur

Recueillir les aveux de Francis Heaulme n'est pas chose simple car il ne parle jamais directement de ses crimes, qu'il décrit souvent à la troisième personne. «À chaque fois, il est spectateur. Il explique ne pas avoir de chance car là où il passe, il y a un meurtre. Et c'est seulement au bout de ses déclarations qu'il finit par “entrer en scène”», raconte à France Info l'enquêteur, qui lui a consacré le livre Dans la tête du tueur . Il faut aussi décrypter son récit et comprendre le sens de ses expressions. Par exemple, ses «affaires en cours» sont en réalité des crimes non élucidés. Difficulté supplémentaire: «Heaulme a l'habitude de transposer en permanence les faits, en mêlant des éléments d'une affaire dans une autre», rapporte le maréchal des logis Abgrall. À l'enquêteur d'assembler les pièces du puzzle pour reconstituer son tableau criminel.

Tueur en série ou tueur multirécidiviste?

Contrairement à certains tueurs en série, Heaulme n'a pas un mode opératoire qu'il respecterait à la règle. Il tue sans préméditation, avec l'arme qui lui tombe sous la main. Ses victimes sont des hommes comme des femmes, des enfants comme des adultes. Le tueur ne peut abuser sexuellement ses victimes: il a recours pour cela à un complice qui lui permet de jouir «par personne interposée». Mais, selon des experts, il se retrouve alors frustré par son impuissance sexuelle. «Cette dévalorisation vexante ne peut alors être inversée qu'en prenant une part active à l'acte violent et meurtrier», écrivaient des médecins dans un rapport rendu quelques années après son arrestation.

À Montigny-lès-Metz, en 2006, lors de la reconstitution du double infanticide, commis en 1986. C'est pour ces deux meurtres que Francis Heaulme est jugé en appel à partir de mardi à Versailles. En première instance, il avait été condamné à la perpétuité.
Il existe toutefois des similitudes entre ses crimes: ses victimes sont souvent déshabillées et ses meurtres d'une extrême violence. En avril 1989, il étrangle Joris, 9 ans, et le tue de 83 coups de tournevis parce que, ne parlant pas un mot de français, le petit Belge flamand n'avait pas répondu aux questions du tueur. Ainsi, Heaulme passe à l'acte pour peu de choses: parce qu'il ne supporte pas les cris de sa victime ou parce qu'il estime que sa tenue est trop provocatrice. Heaulme, tueur en série? Pas vraiment. Malgré les nombreux meurtres commis, il serait plutôt un criminel multirécidiviste, selon les experts qui l'ont examiné.


«Il était là, grand, long comme une tige. Face à lui, vous vous sentiez mal à l'aise, même quand il était menotté.»

Un avocat qui a croisé le tueur peu après son arrestation

Francis Heaulme a aujourd'hui 59 ans. Il en paraît 20 de plus. Quand on lui parle, la conversation est souvent décousue, son élocution ralentie, ses propos ambivalents et contradictoires. Il faut s'adresser à lui doucement pour ne pas le braquer. «Il est nécessaire de le contourner pour le faire parler», conseille un avocat qui se souvient d'une audience où le président l'avait interrogé un peu trop frontalement. Francis Heaulme s'était refermé comme une huître. Il ne restait alors que ce regard fixe. «Froid et glaçant», ajoute cet autre avocat qui l'a croisé, peu après son arrestation, dans les couloirs de la cité judiciaire de Nancy. «Il était là, grand, long comme une tige. Face à lui, vous vous sentiez mal à l'aise, même quand il était menotté. On sentait un être maléfique avec une force mal contenue qui pouvait exploser à n'importe quel moment. Maintenant, il fait moins peur: Il a vieilli, il est plus somnolent.» Les 26 années passées derrière les barreaux l'ont abîmé. «Il a trouvé son quotidien en détention», explique l'un de ses conseils, Me Alexandre Bouthier. «Le prochain procès va perturber ses habitudes, suppose l'avocat, même si condamné ou acquitté, cela ne changera pas sa situation.» Le routard s'est fait une routine, à tout jamais à l'ombre.



Source : Le Figaro le 4 décembre 2018


marathon
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Re: Francis Heaulme, le tueur itinérant

Messagepar marathon » 13 déc. 2018, 10:38

ENQUETE FRANCEINFO.

Courriers quotidiens, bonbons Haribo et tentatives de suicide : la vie de Francis Heaulme en prison



Un sixième procès, trente-deux ans après les faits. Francis Heaulme, le tueur en série de 59 ans, est de nouveau jugé, à partir du mardi 4 décembre à Versailles (Yvelines), pour le meurtre de deux enfants, en 1986, à Montigny-lès-Metz (Moselle). En première instance, au printemps 2017, il a été reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. L'affaire de Montigny est la dernière dans laquelle Francis Heaulme est encore poursuivi. Après ce procès, à moins d'un nouveau rebondissement, le criminel quittera à jamais la lumière.

L'affaire de Montigny

Le 28 septembre 1986, les corps de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, sont découverts à Montigny-lès-Metz (Moselle), le crâne fracassé à coups de pierres, sur un talus longeant une voie ferrée. Un adolescent de 16 ans, Patrick Dils, avoue en 1987 le double meurtre, avant de se rétracter quelques mois plus tard. Il est condamné à la réclusion à perpétuité le 27 janvier 1989 par la cour d'assises des mineurs de la Moselle. En 1998, son avocat présente une requête en révision après avoir appris que le tueur en série Francis Heaulme demeurait à l'époque à proximité des lieux du crime.

A l'issue d'une procédure de révision et d'un nouveau procès devant les assises des mineurs de la Marne, Patrick Dils est condamné à 25 ans de réclusion criminelle le 29 juin 2001. Rejugé en appel par la cour d'assises des mineurs du Rhône, il est finalement acquitté le 24 avril 2002 et libéré le même jour, après 15 ans de prison. Francis Heaulme comparaît au printemps 2014 devant la cour d'assises de la Moselle, pour le quatrième procès dans cette affaire. Mais l'audience s'arrête au bout de deux jours, car des témoignages de dernière minute mettent en cause un autre homme, Henri Leclaire. Cet ancien manutentionnaire, âgé de 37 ans à l'époque des meurtres, avait été le premier à faire des aveux en 1986, avant de se rétracter. À l'issue d'une nouvelle instruction, il bénéficie d'un non-lieu, qui devient définitif en janvier 2017.


A l'issue d'un nouveau procès à Metz, Francis Heaulme est condamné à perpétuité le 18 mai 2017 pour le meurtre des deux enfants, qu'il a toujours nié même s'il a reconnu sa présence près des lieux du crime. Son procès en appel – le sixième qu'aura connu cette affaire – s'ouvre mardi à Versailles et doit durer jusqu'au 21 décembre.

Près de la moitié de sa vie en prison

Arrêté le 7 janvier 1992, Francis Heaulme a passé plus d'un quart de siècle derrière les barreaux. Le "routard du crime" a été condamné définitivement pour les meurtres de cinq femmes, de trois mineurs et d'un vieil homme. Ces faits, commis entre 1984 et 1992, lui ont valu deux peines de réclusion criminelle à perpétuité, trois peines de 30 ans de prison, une peine de 20 ans de prison et une peine de 15 ans de prison.



L'enfant de Briey (Meurthe-et-Moselle) a déjà passé près de la moitié de son existence enfermé dans une cellule de quelques mètres carrés. A ses vagabondages sanglants a succédé une vie sédentaire dans une prison d'Alsace. L'amateur de vélo et de grands espaces est devenu un vieillard promis à l'ombre éternelle.


"Un profil assez adapté à l'emprisonnement"


Francis Heaulme l'assure avec une étonnante légèreté : il se "sent bien" à la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin). Le tueur en série est incarcéré, depuis 2006, dans la prison bâtie en plein cœur de cette petite commune située entre Mulhouse et Colmar, non loin de la frontière allemande. De la fenêtre de sa cellule individuelle, au troisième étage, il peut voir le massif des Vosges, ce qui l'enchante.

En détention, Francis Heaulme bénéficie d'un encadrement qui lui évite de "voir rouge", selon l'expression employée par le meurtrier pour désigner ses crises passées. Sous traitement médical et privé d'alcool, il n'est plus agressif. "Francis Heaulme a un profil assez adapté à l'emprisonnement, avance son avocate, Liliane Glock. Le fait qu'il y ait des règles ne le dérange pas. Il ne se plaint jamais d'être en prison."

La juriste se souvient plus précisément d'un passage de son client à l'ancienne maison d'arrêt de Nancy, il y a une vingtaine d'années, alors qu'il était placé dans un dortoir avec cinq autres détenus. "Il aimait bien car c'était organisé, raconte-t-elle. Chacun leur tour, ils se levaient à 6 heures pour laver le vieux parquet de la chambre à la Javel. C'était la caserne leur dortoir, il aimait cette discipline."

"C'est pas une balance"


A Ensisheim, comme dans toutes les centrales, la plupart des détenus ont été condamnés pour des faits de meurtre ou de viol, avec des peines presque toutes supérieures à 20 ans de prison. Loin de l'agitation des maisons d'arrêt, ici, "l'ambiance est apaisée", affirme un surveillant. Une majorité de prisonniers a plus de 40 ans et les plus jeunes doivent faire avec les "envies de calme des anciens", parmi lesquels Michel Fourniret, le "monstre des Ardennes" (75 ans), Guy Georges, le "tueur de l'est parisien" (55 ans) et Francis Heaulme, qui approche de la soixantaine.


Michel Fourniret, Guy Georges ou Francis Heaulme ne sont pas du genre à foutre le bordel en détention.
Un surveillant d'Ensisheim

Ce cadre de vie correspond à Francis Heaulme, qui, d'après son avocate, "ne veut pas être embêté" et "n'aime pas être entouré de jeunes qui portent les casquettes à l'envers". Dans sa centrale, le prisonnier aux cheveux blancs et aux lèvres fines communique avec peu de ses congénères, "surtout deux ou trois", dont son voisin de cellule, selon un surveillant.

Lors de son dernier procès, en mai 2017, d'anciens codétenus ont décrit le tueur comme un homme "généreux", qui "servait le café" et ouvrait "un paquet de bonbons Haribo" quand il recevait dans sa cellule. L'un d'eux, qui l'a notamment croisé à Metz (Moselle) en 2006, a salué son respect des "codes de la prison". "C’est pas une balance, il savait que j’avais un téléphone portable, il n'a jamais rien dit", a-t-il souligné.

"Je serai toujours là pour toi, Francis"


A quoi les journées en prison de Francis Heaulme ressemblent-elles ? En vue de son procès en première instance, il y a moins d'un an, l'accusé du dossier de Montigny-lès-Metz a décrit son quotidien à Serge Papuga, un médiateur mandaté par la justice. Voici une journée type telle qu'il la lui a présentée :

- 6 h : réveil
- 7 h : ouverture du courrier
- 7h30 : douche et rangement de la cellule
- 8h30 : promenade
- 9 h : télévision
- Midi : déjeuner
- 13 h : discussion en cellule avec un autre détenu
- 16h15 : passage au quartier socioculturel
- 17h30 : télévision
- 19 h : dîner
- 20 h : écriture
- 22 h : coucher

"De septembre 2006 à 2010, Francis Heaulme a travaillé dans les ateliers", a précisé le médiateur. Des tâches simples et répétitives lui étaient confiées, tout comme lors de son passage à la maison d'arrêt de Metz au début des années 2000, quand il remplissait des boîtes d'agrafes pour quelques dizaines d'euros par mois, selon L'Humanité. Désormais, le quinquagénaire perçoit une allocation aux adultes handicapés d'un montant de 243,27 euros.

"Il a une vie très simple", résume un surveillant. Même si le détenu le voulait, il lui serait compliqué de s'adonner à la pratique du cyclisme, qu'il aime tant. "On a juste de petits bicross dans la cour de promenade, explique le surveillant, amusé. Le voir dessus, avec sa grande taille, vaudrait une belle photo !"

Les moments les plus chers au cœur du tueur sont les parloirs avec sa petite sœur, Christine. De sept ans sa cadette, cette femme de chambre divorcée vient parfois lui rendre visite avec deux de ses quatre enfants, des adolescents qui n'ont jamais connu leur oncle libre. Pour Noël, elle lui a apporté un colis composé de bonbons, de chocolats, de saumon et de crevettes. "Je serai toujours là pour toi, Francis", lui a-t-elle lancé, les yeux dans les yeux, lors du dernier procès.

Enfant, Christine Heaulme a vécu le même enfer que son frère, constatant les ravages de l'alcool sur ses parents et subissant les violences de son père. Elle a les mêmes traits que Francis et garde en elle une forme de culpabilité de l'avoir quitté, à 18 ans, pour rejoindre un homme rencontré lors d'un bal. "C’est devenu un vagabond, dit-elle de son aîné. Si je ne l’avais pas abandonné, il serait toujours avec moi."


Lettres à un tueur


Outre sa mère – une "sainte" dont il porte toujours le "deuil" – et sa sœur adorée, une troisième figure féminine occupe les pensées du prisonnier. Selon le médiateur qui l'a rencontré, Francis Heaulme entretient une correspondance "intense" avec une Parisienne de 23 ans, qui vit toujours chez ses parents. Il lui écrirait jusqu'à dix pages par jour, sans jamais aborder ses affaires criminelles, et serait "très en attente de ses courriers".

Durant son quart de siècle passé derrière les barreaux, le Lorrain a souvent fait l'objet d'attentions féminines. "Certaines lui envoyaient de l'argent ou des vêtements, d'autres lui disaient qu'elles l'hébergeraient à sa sortie", rapporte Jean-François Abgrall, l'ancien gendarme qui a mis fin au périple meurtrier de Francis Heaulme à travers la France.


Un jour, lors d'un interrogatoire en maison d'arrêt, il m'a demandé de faire une enquête pour lui. Une femme avait retenu son attention et il voulait en savoir plus sur elle. Je n'ai pas donné suite.
Jean-François Abgrall, à franceinfo

Les écrits de Francis Heaulme ont parfois traversé les frontières. Il a correspondu avec une tante expatriée aux Etats-Unis et même avec l'un des serial killers les plus dangereux de l'histoire des Etats-Unis, Patrick Kearney. Cet ingénieur surdoué a été condamné, à la fin des années 1970, à 21 peines de prison à vie pour des meurtres souvent suivis d'actes de nécrophilie. "Leur correspondance a duré quelque temps, mais je crois qu'ils n'avaient pas grand-chose à se dire", relate l'avocate du Français.

David Brocourt a, lui aussi, eu des échanges épistolaires avec Francis Heaulme, durant trois mois, en 2010. "Rapidement, je me suis retrouvé inondé de lettres, jusqu’à trois par semaine, raconte cet artiste fasciné par les tueurs en série. Si j’avais le malheur de ne pas répondre rapidement à toutes ses lettres, pour la plupart assez rébarbatives, il m’envoyait de courtes missives inquiètes pour connaître la raison de mon silence et pour me relancer." Il a notamment reçu une photo de Yannick Noah dédicacée par le meurtrier, après un concert du chanteur dans la centrale.


De cette correspondance, David Brocourt garde le souvenir des "grosses lacunes en orthographe" du criminel, "de son écriture maladroite" et de "ses limites intellectuelles évidentes". Le plasticien dresse le portrait d'un "menteur pathologique" qui n'exprimait "à aucun moment de la compassion pour ses victimes". "Sa sœur revenait sans cesse dans ses lettres", souligne-t-il, avec "l'angoisse profonde" qu'elle coupe les ponts en cas de condamnation dans l'affaire de Montigny-lès-Metz.


"Plusieurs tentatives de suicide"


En plus des parloirs et des courriers, Francis Heaulme peut compter sur les cabines téléphoniques de la prison pour garder un contact avec l'extérieur. "Il me téléphone très souvent, généralement le dimanche, pour quelques minutes, confie Liliane Glock. Il n'y a pas grand monde qu'il puisse appeler. Je crois que, dans son paysage psychique, il me place parmi les personnes de son entourage."


Francis Heaulme a des possibilités de réflexion limitées et vit au niveau de son petit monde. Il me donne surtout de ses nouvelles, sur un ton neutre, mécanique.
Liliane Glock, à franceinfo

En Alsace, même s'il s'y dit heureux, le détenu Heaulme connaît "des hauts et des bas", selon son avocate. "Il y a des moments où il plonge, sans qu'on sache vraiment pourquoi", décrit-elle. Lors du procès de 2017, le médiateur qui l'avait rencontré a mentionné "plusieurs tentatives de suicide" depuis l'arrivée du tueur en série à Ensisheim, avec huit procédures de surveillance spéciale à la clé. "La dernière date de mars 2017, a-t-il précisé. Il était stressé par sa comparution devant les assises de la Moselle."

Son avocate dit n'avoir pas connaissance de ces tentatives mais évoque "plusieurs hospitalisations" de son client ces dernières années. En 2001, "il avait été victime d'une phlébite avant un procès, rappelle-t-elle. Un expert avait affirmé que son pronostic vital était engagé." Depuis, le criminel a subi au moins deux infarctus. Ce gros fumeur souffre aussi de "problèmes de poumons", selon Liliane Glock.

Si Francis Heaulme a toujours été reconnu responsable pénalement, son état de santé a souvent été présenté comme pouvant expliquer, en partie, son parcours criminel. Atteint du syndrome de Klinefelter, une anomalie génétique causée par un chromosome féminin en trop, il souffre d'une atrophie testiculaire et d'une forme d'impuissance sexuelle. "Il a toujours eu honte de ça et s'est senti demi-homme presque toute sa vie", rapporte David Brocourt à partir de sa correspondance avec le tueur. Le psychiatre Jean-Michel Masson, qui a détecté son syndrome en 1993, a qualifié d'"orgasmes pervers" les crimes commis par le "psychopathe". Il a décrit "un homme physiologiquement très femme", incapable de "surpasser cette problématique" du fait de "son intelligence médiocre".

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"Le temps glisse sur lui"


Et après ? Que changerait pour Francis Heaulme une condamnation en appel dans l'affaire de Montigny-lès-Metz ? "Dans tous les cas, il restera un détenu condamné à perpétuité", concède son avocate. Si une remise en liberté pour raisons de santé est envisageable en toute fin de vie, elle ne se fait guère d'illusions sur les chances de libération conditionnelle de son client d'ici là.


Pour pouvoir mettre le nez dehors, il lui faudrait se soumettre à une expertise psychiatrique afin d'évaluer sa dangerosité. Il n'a aucune chance de franchir cette étape.
Liliane Glock, à franceinfo

En 2013, dans un bref entretien à 20 Minutes, Francis Heaulme n'excluait pas d'être libéré. "Je pense que j'irai vivre chez ma sœur si je sors un jour", envisageait-il, assurant qu'il se ferait alors "tout petit". L'an dernier, lors de son procès, il s'est montré plus pessimiste, disant qu'il finirait ses jours derrière les barreaux. "Avec moi, il n'évoque jamais la question de la sortie, mais il semble avoir du mal à digérer la notion de condamnation à perpétuité, comme s'il ne la comprenait pas", explique son avocate.

Ce rapport au temps n'étonne pas Jean-François Abgrall : "Au début de son incarcération, je lui ai demandé ce que l'idée de vieillir en prison lui faisait. Il m'a répondu : 'Rien, j'attends.' Il n'a pas de notion du temps. Le temps glisse sur lui."

Il y a quelques années, le tueur en série a évoqué avec lui un projet d'évasion déjoué à Ensisheim. "Il a qualifié de 'fous' les deux détenus qui voulaient se faire la belle, car il s'estimait bien loti en centrale", rapporte l'ancien gendarme devenu détective. "De toute façon, Francis Heaulme n'a pas de place dans notre société individualiste, estime son avocate. Il appartient à un monde rural et a besoin de la surveillance d'un village. Il s'est trompé d'époque."

En prison, Francis Heaulme a retrouvé une forme de protection qui lui avait manqué à la mort de sa mère, survenue quand il avait 25 ans. Sa sœur était alors partie vivre avec son mari et son père avait rejoint une autre femme. Son errance criminelle était partie de là, le menant finalement en détention. A l'heure, sans doute, de tourner la page de ses procès, une question reste en suspens : combien de meurtres non élucidés Francis Heaulme emportera-t-il dans sa tombe ?


Source : France Info


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