La science aura-t-elle raison du crime parfait ?

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marathon
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La science aura-t-elle raison du crime parfait ?

Messagepar marathon » 18 mars 2018, 17:44

La science aura-t-elle raison du crime parfait ?

ipe de Maigret, le cigare de Colombo… Tout cela ne suffira plus aujourd'hui à venir à bout des énigmes policières. Désormais, les enquêtes sont devenues des opérations complexes, faussement lentes, qui ratissent large le moindre indice et ne laissent plus beaucoup de place au flair ou à l'intuition. Mais les résultats sont là : il devient de plus en plus difficile d'échapper à la justice, malgré le temps qui passe.




Le temps ? C'est près de vingt ans après ses crimes que Jacques Rançon est jugé, actuellement, devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales. Pourtant, ce cariste avait été gardé à vue, après les meurtres d'Anne-Marie Gonzalès et Moktaria Chaïb. Mais à l'époque, il était passé entre les mailles du filet, car les analyses ADN n'étaient pas assez performantes. Ce n'est qu'en 2014 que l'on a retrouvé une minuscule trace sur la chaussure de Moktaria Chaïb. Un indice infinitésimal, qui a permis d'extraire un ADN partiel. Qui a permis de retrouver Rançon dans le fichier des délinquants sexuels.

Du temps, il en a fallu aussi pour confondre Jonathann Daval. Alexia a disparu le 28 octobre. Et dès le départ, les enquêteurs ont eu de lourds soupçons sur le mari. Autrefois, ils l'auraient sans doute mis en garde à vue très vite, espérant obtenir des aveux dans les 48 heures réglementaires. Mais ils n'avaient, à ce moment-là, pas de «billes», comme disent les policiers. Alors, les gendarmes ont préféré prendre leur temps. Relever patiemment tous les indices. Vérifier les «bornages» des téléphones. Entendre longuement tous les témoins. Et surtout «fermer les portes», c'est-à-dire exclure les autres hypothèses : présence ou non d'un amant suspect, différend professionnel, mauvaise rencontre, etc.

Une autre nouvelle technique a été utilisée dans cette affaire : la garde à vue «à la canadienne». Une audition tout en psychologie où le suspect se retrouve pris au piège de ses propres mensonges et de ses propres contradictions.

Les dernières techniques d'investigation ont également été utilisées dans l'affaire de la disparition de la petite Maëlys.

Assez rapidement, les enquêteurs ont eu de très gros doutes sur le rôle de Nordahl Lelandais. Et ont utilisé tout ce que les méthodes modernes mettaient à leur disposition.

Ainsi, malgré le lavage en règle de la voiture de Lelandais, ils y ont découvert d'infimes traces d'ADN appartenant à la fillette, puis une trace de sang. On a utilisé aussi la technique «olfactive», une nouvelle manière d'utiliser le flair des chiens policiers, pour déterminer la présence d'une personne dans un endroit. Mais les malinois ont été malades, incommodés par les vapeurs de détergeant du coffre !

On a également utilisé les images de vidéosurveillance de la ville voisine, où l'on a repéré, sans aucun doute possible, la voiture de Lelandais sur les enregistrements.

Hélas, ces techniques d'investigation, les criminels aussi les connaissent.

Ainsi, Nordahl Lelandais a passé plusieurs heures à nettoyer sa voiture, le lendemain de la disparition de Maélys : pour qu'elle soit impeccable avant de la vendre, a-t-il assuré. Très vraisemblablement pour y faire disparaître toute trace d'ADN.

De même, par deux fois, Lelandais a éteint son téléphone mobile, le soir de la disparition : précisément parce qu'il savait que l'on peut reconstituer le parcours d'un individu, grâce au «bornage» de son téléphone.

Une méthode qui a été utilisée aussi pour la disparition du jeune militaire, Arthur Noyer. C'est avec le bornage que l'on a pu établir que Lelandais se trouvait à proximité du caporal-chef, lorsque celui-ci disparaît. Même si, comme pour l'affaire Maëlys, il a éteint – par précaution ? – son mobile plusieurs heures ce soir-là.

Faire disparaître les traces d'ADN ? C'est ce que Jacques Rançon a tenté de faire de manière atroce, en mutilant ses deux victimes, après les avoir violées et tuées.

Le bornage, le recueil des traces d'ADN, l'examen des caméras de vidéosurveillance, autant d'éléments qui ont permis de réaliser une enquête d'une complexité gigantesque : la reconstitution des attaques du 13 novembre 2015.

Des mois et des mois d'enquête et de recoupements mis bout à bout, qui ont permis de comprendre avec une très grande précision la chronologie exacte des événements, pour chacun des protagonistes, depuis la préparation longuement en amont du côté de Molenbeck, jusqu'à l'assaut de la planque de Saint-Denis.

Les nouvelles techniques policières permettent non seulement de retrouver les coupables, mais aussi elles apportent les éléments matériels qui permettent de mieux comprendre comment se sont déroulés les faits. Et ainsi mieux éclairer la justice.


À Toulouse, les experts sont à pied d'œuvre

C'est à deux pas du canal du Midi que, derrière éprouvettes, pipettes et autres microscopes, travaillent les policiers du pôle criminalistique, l'Institut national de la police scientifique (INPS) de Toulouse, l'un des cinq en France avec Paris, Lille, Lyon et Marseille.

Là, des policiers qui sont aussi des experts scientifiques mettent toute leur expérience en œuvre pour tenter de confondre les criminels, s'il le faut, des années après. Mais leurs techniques peuvent aussi s'appliquer à des actes moins sanglants, comme des cambriolages, ou des braquages de banque.

Le fameux «gang des égoutiers» qui avait réalisé une spectaculaire opération à Bessières, en Haute-Garonne, a pu être identifié, grâce à des méthodes de surveillance hyper pointues permettant leur arrestation deux ans après le braquage.

Les nombreuses filatures techniques opérées par les gendarmes de la section de recherches de Toulouse et du groupe d'observation et de surveillance (GOS) ont permis l'interpellation de 14 suspects après un contrôle routier du côté de Cannes.

Ces malfaiteurs chevronnés, inspirés du «casse du siècle» à Nice, avaient emporté 2,5 millions d'euros, en mars 2014, en empruntant un tunnel creusé à partir d'une canalisation.

Désormais, quelles que soient les affaires qui sont traitées par les policiers, les preuves scientifiques ont au centre de la procédure judiciaire. Cela s'entend bien sûr pour les crimes de sang, mais cela se développe tout particulièrement aussi en matière de terrorisme.

La police scientifique permet de poursuivre les auteurs parfois plusieurs mois ou années après les faits. Ces experts savent aussi à partir de leurs résultats se constituer des banques de données qui leur seront utiles, un jour ou l'autre.

Sur les bords du canal du Midi, sont ainsi regroupés tous les services de criminologie de la police nationale, à l'exception de quelques spécialités (graphologie, vidéo, téléphonie et informatique). Cela permet aux enquêteurs qui sont sur le terrain de monter directement vers les laboratoires, avec les prélèvements réalisés sur les scènes de crime.

Identifié en quatre heures

«Récemment, un homme en garde à vue qui niait une agression a été confondu en quatre heures avec l'identification de ses empreintes» par le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), témoigne un scientifique.

À leur retour d'une scène de cambriolage, les enquêteurs remettent leurs prélèvements papillaires au Service régional d'identité judiciaire (SRIJ). Ils n'auront qu'un étage à gravir pour déposer les éventuels prélèvements ADN, à l'INPS.

En plus de 5 500 sorties en 2015, les 26 policiers du GEC ont relevé 4 663 traces papillaires, provenant du derme des doigts ou des paumes d'un suspect.

Chaque cambriolage est l'occasion de recueillir des indices sur lesquels on s'appuie.» En 2015, les scellés comptaient plus de 30 800 pièces. Un tiers des cambriolages commis en zones police sont ainsi élucidés, 20 % quand les effractions ont lieu en zones gendarmerie.

Au SRIJ, le bandeau jaune «scène de crime», bien connu des séries télévisées, affiche la couleur.

Une «traceuse» s'active sur son ordinateur pour encoder les caractéristiques de traces papillaires. Des sortes de spermatozoïdes apparaissent à l'écran. Ces signes permettront un rapprochement avec le fichier national. La condition ? Douze caractéristiques communes.


À côté, une pancarte «Danger labo chimie» annonce l'entrée d'un laboratoire où les chimistes vont faire apparaître des traces invisibles, grâce à de la colle et à un four. Une salle de séchage est destinée notamment aux vêtements ensanglantés. Ici, on fait la chasse à l'humidité, qui menace de détruire les preuves.

À l'étage au-dessus, l'INPS, compétent sur tout le Sud-Ouest, y compris pour la gendarmerie, œuvre à la recherche d'ADN et au fichier des empreintes génétiques (Fnaeg) mais aussi à la toxicologie, aux explosifs ou encore au récent Fichier national de l'identification balistique (Fnib) La gendarmerie nationale a pour sa part fait le choix d'un laboratoire centralisé, unique, capable de se projeter n'importe où en France ou à l'étranger, comme sur les lieux du tsunami de 2004 en Thaïlande ou encore sur ceux de l'accident de bus de Puisseguin.



Source : La Dépêche le 18 mars 2018

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