Viols sur mineurs: Flavie Flament rend son rapport sur le délai de prescription

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marathon
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Viols sur mineurs: Flavie Flament rend son rapport sur le délai de prescription

Messagepar marathon » 17 avr. 2017, 10:15

Viols sur mineurs: Flavie Flament rend son rapport sur le délai de prescription

Un rapport propose de prolonger de dix ans le délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs…


C’est une mesure réclamée par de nombreuses victimes. Une mission co-présidée par l’animatrice Flavie Flament, qui a récemment révélé avoir été violée adolescente, a proposé ce lundi de prolonger de dix ans le délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs.

Le délai serait ainsi porté à 30 ans à compter de la majorité de la victime, contre 20 ans aujourd’hui, selon les recommandations de cette mission co-présidée par l’animatrice et par le magistrat Jacques Calmettes. La victime pourrait donc porter plainte jusqu’à l’âge de 48 ans.


Une série de recommandations pour améliorer l’accompagnement des victimes

Le délai en vigueur ne prend pas suffisamment en compte le fait que la victime mineure tarde souvent à dénoncer son agresseur, surtout s’il s’agit d’un proche, et que certaines victimes développent même une « amnésie traumatique », souvent levée « après 40 ans », estime notamment le rapport.


Présenté dans la matinée à la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes Laurence Rossignol, le rapport fait également une série de recommandations visant à améliorer l’accompagnement des victimes.

Plusieurs figurent dans le plan interministériel de lutte contre les violences faites aux enfants (2017-2019) annoncé il y a quelques semaines, et pourront donc « rapidement trouver une traduction concrète », estime la mission. Quant aux délais de prescription, ils ne pourront être modifiés que par la loi.

Sources : 20 Minutes avec AFP le 10 avril 2017


>> A lire : La procédure à suivre en cas de viol


Le docteur Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol, détaille la marche à suivre...

En France, on estime en moyenne le nombre de femmes violées par an à 84.000, d’après l’Observatoire national des violences faites aux femmes. Sachant qu’une victime de viol sur 10 porte plainte, elles sont donc 75.600 à ne pas engager de poursuites judiciaires chaque année. De nombreuses raisons expliquent de tels chiffres : une mauvaise information concernant la définition légale du viol et la notion de consentement, mais aussi le fait que dans 90 % des cas, l’agresseur est connu de la victime.

Dans le cas d’un viol sur personne majeure, le délai de prescription est de 10 ans. Toute victime dispose donc de ce laps de temps après la commission des faits pour dénoncer son violeur. Emmanuelle Piet, médecin et présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV) a indiqué à 20 Minutes la marche à suivre en cas de viol.


Déposer plainte. Pour cela, la victime peut se rendre au commissariat ou à la gendarmerie la plus proche. Emmanuelle Piet rappelle que si la personne souhaitant déposer plainte n’apprécie pas l’accueil qu’on lui réserve, elle peut tout à fait changer de commissariat ou de gendarmerie. Il est également possible de porter plainte en écrivant au procureur de la République pour lui rapporter les faits. Ce procédé peut être utilisé lorsque l’on décide de dénoncer un viol qui a été commis plusieurs mois ou plusieurs années auparavant.


Un examen médico-légal. Lorsque la victime dépose plainte, les enquêteurs l’emmènent aux urgences médico-légales afin de constater les blessures éventuelles dont elle souffre. Il s’agit aussi de faire des prélèvements qui pourront s’avérer précieux pour l’enquête.

Dans la mesure du possible, garder des preuves. « Souvent, la victime essaie d’oublier ce qu’il s’est passé en se lavant et en se débarrassant des vêtements qu’elle portait. Mieux vaut aller aux urgences dès la commission des faits, afin de garder le plus de preuves possible », explique Emmanuelle Piet.

Soigner sa santé. Si la victime a été prise en charge aux urgences, les médecins feront automatiquement des recherches de MST et lui prescriront des traitements. Idem pour ce qui est d’une éventuelle grossesse. Si la victime n’a pas souhaité déposer plainte, elle doit néanmoins se soucier de sa santé en allant consulter son médecin.

Se faire aider. Selon la même enquête de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, les victimes estiment à 76 % que ces violences ont eu des répercussions plutôt ou très importantes sur leur santé psychologique. Aussi Emmanuelle Piet, ainsi que tous les spécialistes de la question, recommande de se faire aider par un médecin et/ou un psychologue.


SOS Viols Femmes Informations : 0800.05.95.95.

Défintion légale du viol

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.

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Re: Viols sur mineurs: Flavie Flament rend son rapport sur le délai de prescription

Messagepar marathon » 01 juin 2017, 10:17

Victimes de viol: quand la parole se libère-t-elle ?

Si les victimes se taisent, c’est d’abord parce que les agressions sexuelles sont encore frappées de tabou. Mais pour qui a subi une agression sexuelle, tenir le silence n’est plus possible.LA Dr Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’asso­ciation Mémoire traumatique et victimologie, est l’auteure notamment de Violences sexuelles, les 40 questions-réponses incontournables (Éd. Dunod).


«“Mais pourquoi vous ne l’avez pas dit plus tôt?” C’est la question que toute victime de viol entend lui être posée», confie Flavie Flament. La journaliste connaît bien cette situation. Révélant il y a deux ans «seulement» le viol qu’elle a subi à l’âge prépubère, elle est devenue, notamment à travers un livre bouleversant - La Consolation (JC Lattès) -, la porte-parole de ces maintenues au silence.

Si les victimes se taisent, c’est d’abord parce que les agressions sexuelles sont encore frappées de tabou. Celles qui révèlent ces actes recueillent en premier lieu les doutes de leurs interlocuteurs. «Quand elles ont osé dire, elles sont assaillies de questions du genre: “Mais vous n’étiez pas d’accord? Comment étiez-vous habillée?”, ce qui n’est guère encourageant pour celles et ceux qui arrivent après eux», regrette Marlène Schiappa, conférencière et auteur de Qui sont les violeurs? (Éditions de l’Aube). Un affront dont il sera d’autant plus difficile de se relever que l’impunité des agresseurs (seulement 1 sur 16 est condamné) incite souvent les victimes à penser: «À quoi bon porter plainte?»


Elles enfouissent alors leur secret, et il est hors de question de les forcer à parler. Personne n’a à décider pour elles du moment opportun pour avouer ce qui s’est passé

Image
Marlène Schiappa

«Elles enfouissent alors leur secret, et il est hors de question de les forcer à parler, estime Marlène Schiappa. Personne n’a à décider pour elles du moment opportun pour avouer ce qui s’est passé.» La militante note d’ailleurs l’étonnant emploi de ce verbe, «avouer», qu’on attribue aux victimes de viols… Comme si elles avaient perpétré un méfait!

Mais le verrouillage le plus serré reste d’ordre psychologique. C’est pour cela que de nombreuses révélations, des années après, ne peuvent se faire que dans un cadre psychothérapeutique. La plupart des professionnels le constatent: une thérapie qui s’enraye, stagne, et soudain, dans une zone d’ombre jusque-là négligée, le patient revoit le geste incestueux d’un parent sur l’enfant qu’il était, ou le viol perpétré par un adulte qui s’occupait de lui. Pendant des décennies, ces faits étaient juste indicibles.

«Il faut comprendre la puissance des conflits de loyauté, explique Flavie Flament. Non seulement vous éprouvez de la honte, de la culpabilité d’avoir été ainsi maltraitée, mais, dans de nombreux cas, la victime vit encore auprès de son violeur, qui est d’abord une figure d’autorité pour elle. Comment oser se lever et dénoncer celui qui est votre enseignant, votre coach sportif ou une personnalité respectée de tous, comme cela fut dans mon cas?» (La journaliste a révélé que son violeur n’était autre que le photographe, considéré comme artiste, David Hamilton.)

Si de nombreuses victimes se taisent, c’est aussi tout simplement parce qu’elles ne trouvaient ni les mots ni les souvenirs de ce qui leur était arrivé. Les psychiatres connaissent désormais ce mécanisme neurophysiologique qui empêche le dévoilement tout en entravant l’équilibre de la personne, désormais fracturé.


« Le secret grandit à l’intérieur et vous dévore peu à peu »,

Flavie Flament, victime de viol

Mais alors, qu’est-ce qui va permettre le déblocage, à la fois de la mémoire et de la parole? «Le secret grandit à l’intérieur et vous dévore peu à peu», témoigne Flavie Flament. Un jour, le grain de sable enfoui dans les profondeurs de la psyché devient tsunami. La machine s’enraye: dépression inexpliquée, envie de se suicider, addiction à l’alcool, à la drogue… Des troubles qui font dire à Marlène Schiappa que le coût économique et sanitaire du viol est immense: «Ne parlant pas, les victimes somatisent, rappelle-t-elle. Ou bien elles refusent systématiquement de recevoir des mammographies de dépistage ou des soins dentaires. Ces zones corporelles ayant été violentées, elles restent, de manière incompréhensible, “intouchables” pour elles, avec toutes les conséquences que cela engendre pour leur santé.»

Dans le cas de Flavie Flament, une attaque de panique après le chagrin lié au décès de son grand-père, suivie pendant des semaines d’un épuisement incompréhensible, l’a poussée à consulter. «Mais la remontée des souvenirs traumatiques a été très lente, témoigne la journaliste. Il a fallu d’abord que, auprès de mon psychiatre, je comprenne et intègre le fait que je n’étais pour rien dans ce qui m’était arrivé.»

Un événement heureux peut aussi déclencher la parole. À travers le blog qu’elle a fondé («Maman travaille»), Marlène Schiappa a vu de jeunes mères s’emparer de cet espace pour témoigner. «La maternité est une telle période de transformation émotionnelle qu’elle peut remettre la personne en contact avec des sensations muselées jusque-là.»

C’est parce qu’il n’existe aucun chemin ni «timing» tracé d’avance pour ces témoignages qu’une mission coprésidée par Flavie Flament propose aujourd’hui de prolonger de dix ans le délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs.


«Une machine à brouiller les souvenirs»

LE FIGARO. - Vous qui menez des recherches dans ce domaine des violences sexuelles, pensez-vous que le contexte encourage davantage les victimes à parler?

Muriel Salmona, psychiatre.

Muriel Salmona. - Indéniablement, la parole se libère. Même si nous sommes toujours confrontés à une loi du silence, de nombreuses initiatives commencent à tisser un réseau favorable au dévoilement de ces violences: multiplication des espaces de parole dans les médias, sur Internet via des blogs, des sites spécialisés, qui font que les victimes se sentent moins isolées. Témoignages de personnalités de tous milieux font reculer aussi leur honte. De plus, les travaux de chercheurs sur la mémoire traumatique, les différents plans gouvernementaux incitent au soin des victimes, au recul de l’impunité des agresseurs pour que, un jour, le trauma ne soit plus source de reproches, mais vraiment considéré comme un trouble. Cependant, face à toutes ces avancées, les effets statistiques ne sont pas encore là: nous n’enregistrons que 10 % de plaintes environ par rapport aux agressions chiffrées (chaque année, 102 000 personnes adultes de 18 à 75 ans - 86 000 femmes et 16 000 hommes - sont victimes d’un viol ou d’une tentative de viol en France métropolitaine, dont seuls 1 % font l’objet d’une condamnation (étude CVS, Insee-ONDRP, 2013). Ceci parce que la majorité des victimes restent exposées à leur agresseur.

Quel est ce mécanisme psychique?

On l’appelle dissociation traumatique. Au moment du viol, parce que l’événement est sidérant, les fonctions supérieures de la victime sont paralysées. Ce blocage ne permet pas de contrôler la réponse émotionnelle par l’amygdale cérébrale qui devient extrême. Le cerveau, assailli de cortisol, l’hormone du stress, pour se préserver d’atteintes neurologiques irréversibles, fait disjoncter tout le système, ce qui entraîne une anesthésie émotionnelle. Cet état peut durer quelques minutes seulement, mais à chaque fois que la victime sera à nouveau en contact avec son agresseur, elle «s’allumera» et son cerveau déclenchera une disjonction. Elle se retrouvera dissociée, incapable de ressentir une émotion et, de ce fait, de relier les «flashs» de mémoire traumatique, qui paraissent irréels, de l’agression. Certaines patientes confient: «Je sais que j’ai été violée, mais c’est comme si ça n’était pas arrivé, et je ne sais quand ni où…» Et si la personne n’est pas protégée de son agresseur, cette dissociation qui est une véritable machine à brouiller les souvenirs peut durer cinq, dix, vingt ans…

Qu’est-ce qui favorisera la remémoration du viol et la capacité à en parler?

Un terrain de plus en plus sécurisant, et contenant. Le lien travaillé en psychothérapie, bien sûr, mais pas seulement. Une fois que la personne a été mise en sécurité afin de pouvoir se reconstruire émotionnellement, toutes sortes d’événements positifs peuvent déclencher en elle la liberté de parler: un conjoint respectueux, aimant ; une maternité qui se passe bien, un enfant qui arrive à l’âge auquel elle a subi les violences sexuelles, mais également un nouveau choc émotionnel… Alors l’incapacité à parler recule, mais cela se fait souvent par couches successives.

C’est-à-dire?

La victime se rappellera d’abord d’un événement traumatique, puis le souvenir d’une agression encore plus ancienne se manifestera. Dès qu’il y a doute, il ne faut pas hésiter à poser cette seule question: «Avez-vous été victime de violences sexuelles?» Étrangement, le fait qu’elles soient dissociées émotionnellement permet à 90 % des personnes interrogées ainsi de répondre simplement oui…



Source : Le Figaro le 15 mai 2017


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