Enquête sur les pédophiles français qui sévissent à l’étranger

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marathon
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Enquête sur les pédophiles français qui sévissent à l’étranger

Messagepar marathon » 09 mai 2019, 12:49

Enquête sur les pédophiles français qui sévissent à l’étranger



En France, les autorités reçoivent de nombreux signalements du monde entier pour des pédophiles français agissant à l’étranger.


Depuis le début de l’année, 12 enquêtes visant des Français soupçonnés de viols de mineurs à l’étranger ont été ouvertes à l’Office central de répression des violences aux personnes. Un fléau qui préoccupe les autorités.


Il retournait voir sa famille à Besançon, l’air de rien. Le 30 mars, Jean-Christophe Q., Français expatrié de 51 ans, quitte la Thaïlande, où il est pourtant soupçonné d’avoir abusé sexuellement de dizaines d’enfants défavorisés, passe par la Suisse avant de rejoindre son berceau familial du Doubs. À peine se rend-il au domicile d’une proche qu’il est placé en garde à vue puis mis en examen pour viols et écroué. L’enseignant l’ignorait, mais policiers et magistrats français étaient à ses trousses depuis plusieurs semaines.

Ce cas, emblématique de la lutte contre les pédophiles français qui sévissent à l’étranger, est loin d’être isolé. Selon nos informations, douze enquêtes pour des viols et agressions sexuelles commis par des ressortissants sur des mineurs à l’étranger ont été ouvertes depuis le début de l’année et confiées à l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP), un service de police judiciaire qui traque ces criminels.


Un nouveau signalement émanant d’Asie du Sud-Est est déjà parvenu aux enquêteurs depuis l’arrestation de Jean-Christophe Q.. Et chaque année, le nombre de nouvelles affaires est exponentiel : six en 2016, onze en 2017 et vingt en 2018. Sans compter les enquêtes ouvertes dans des services de police et gendarmerie locaux...

«Une évolution dans le sordide»

« C’est un phénomène inquiétant, résume le commissaire divisionnaire Philippe Guichard, chef de l’OCRVP. Il a toujours existé, mais nous constatons une évolution dans le sordide avec le développement des réseaux sociaux, qui facilite l’accès aux enfants, souvent au préjudice de victimes pré-pubères. » Les chiffres sont très loin de refléter l’étendue réelle de cette criminalité. Car l’ouverture d’enquêtes en France dépend des remontées d’informations en provenance des pays touchés : associations et ONG (comme Ecpat) implantées, ambassades françaises ou autorités judiciaires locales.

Des partenariats efficaces sont parfois noués, permettant l’identification de pédophiles. Mais certains États s’impliquent moins dans ce combat, inquiets à l’idée d’apparaître comme un havre de tourisme sexuel. Au risque que des pédophiles passent sous le radar. Il reste que les enquêtes concernent de nombreux pays : ceux de l’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Vietnam, Laos, Philippines...), Madagascar, l’Inde et plus récemment le Népal et la République dominicaine.

« Le nombre d’enquêteurs travaillant sur le sujet, treize chez nous, a augmenté au fil des années ainsi que le nombre de partenariats tissés. Mais il y a très probablement un chiffre noir, faute de remontées à certains endroits », admet le commissaire Guichard, dont le service traite une quarantaine de dossiers au total. La traque de ces pédophiles s’avère d’autant plus difficile qu’ils sont issus de milieux très variés.

Il y a d’abord les touristes sexuels, qui représentent les trois quarts du contingent. Puis les expatriés : enseignants de français en Asie, ecclésiastiques en Afrique et même membres d’associations humanitaires. Ces hommes, rarement connus de la justice, exploitent la prostitution infantile, à un âge où le consentement de l’enfant ne peut être éclairé. Les cas les plus sordides mêlent passages à l’acte à l’étranger et recours au « live stream », ces vidéos en direct de viols de mineurs commandés sur Internet selon les critères du pédophile



« Ce sont des enquêtes longues avec des investigations sur place », indique-t-on au parquet des mineurs de Paris où l’on traite une grande partie de ces enquêtes. Dès qu’un signalement parvient à la police, les enquêteurs étudient l’environnement du suspect puis retracent son parcours : analyses des relevés bancaires, des voyages, exploitations des supports téléphoniques... Les policiers essaient de recueillir la parole des victimes dans les pays concernés. Quant aux agresseurs, ils sont très souvent interpellés à leur retour en France, ignorant qu’ils faisaient l’objet d’une enquête.

Des associations, fer de lance dans la lutte

C’est un cas rare dans les dossiers de viols d’enfants à l’étranger. Huit garçons népalais victimes d’un Français entre 2013 et 2015, Philippe G., pourront se constituer parties civiles en cas de procès. Ils ont été retrouvés par l’association Ecpat. « Notre rôle, c’est de porter la voix de ces enfants. Dès que l’on peut, on envoie des membres sur place retrouver les enfants », détaille Ludivine Piron, chargée de mission à l’Ecpat.

Une tâche difficile, les victimes étant souvent des orphelins, parfois pris dans un réseau. Me Noémie Saidi-Cottier, avocate de l’association, était du dernier voyage au Népal afin de rencontrer ces enfants. « Leurs déclarations donneront encore plus de sens à ce procès. Le but, c’est qu’ils ne soient pas juste des numéros », espère l’avocate. « Si on pouvait amener les dizaines de victimes au tribunal, les peines seraient sans doute plus lourdes, appuie Ludivine Piron. Cela permet aussi d’indemniser les enfants. »

Au Cambodge, l’ONG Aple va jusqu’à recruter des enquêteurs privés, souvent mieux payés que les policiers locaux. « Ils parcourent les rues et les points chauds, explique Vando Khoe spécialiste de la protection infantile chez Aple. Nous travaillons sur 60 cas par an, en tentant de retrouver les victimes et les identités des pédophiles présumés. » Ces derniers sont ensuite signalés aux autorités et aux ambassades.

L’ONG a livré récemment « toute une enquête avec des preuves » sur un Français, directeur d’association, suspecté de plusieurs viols. L’homme a depuis été condamné au Cambodge. Aple et l’Ecpat ont même mis en place, sur leur site Internet, un outil pour signaler des crimes.


Source : Le Parisien le 9 mai 2019

marathon
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Re: Enquête sur les pédophiles français qui sévissent à l’étranger

Messagepar marathon » 09 mai 2019, 12:51

Pédophiles français à l’étranger : «Il n’y a aucune impunité»


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Les signalements de pédophiles français sévissant à l’étranger se multiplient ces dernières années. Aude Groualle, vice-procureure, cheffe de la section des mineurs au parquet de Paris, décrypte ce phénomène.

Vingt enquêtes sur des pédophiles français présumés sévissant à l’étranger ont été ouvertes, en 2018, en France. C’est quasiment deux fois plus que l’année précédente. Pour faire face à ce phénomène, qui se développe avec les réseaux sociaux, les effectifs français ont été revus à la hausse. Aude Groualle, vice-procureure, cheffe de la section des mineurs au parquet de Paris, décrypte la situation et explique les difficultés rencontrées dans ces enquêtes.

Constatez-vous une hausse des violences sexuelles commises sur des mineurs par des Français à l’étranger ?


AUDE GROUALLE. Il est impossible de certifier que ce phénomène est en hausse. Ce qui est certain, c’est que nous constatons une hausse des signalements, ce qui conduit mécaniquement à ouvrir plus d’enquêtes. Il y a aussi une prise de conscience mondiale sur l’intérêt de poursuivre les auteurs de ces faits d’une extrême gravité. Cette criminalité a toujours existé, mais différents pays comme les États-Unis, les Pays-Bas ou la France sont désormais mieux armés judiciairement pour les poursuivre.

Quels sont les pays les plus concernés ?

Les pays du Sud-Est asiatique et ceux du continent indien. Mais les violences sexuelles recensées dépendent de la qualité des partenariats locaux noués localement, des collaborations avec les ONG… À chaque fois qu’une nouvelle politique d’échanges d’informations est mise en place avec un pays, il y a des nouveaux signalements. L’exemple des Philippines est parlant : les associations sont bien implantées, l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade est sensibilisé, les signalements remontent désormais aux services de police français.

Pourquoi les auteurs de telles violences passent-ils à l’acte à l’étranger ?

C’est difficile à dire. Il y a sûrement une conjonction de facteurs entre la misère sociale dans les endroits où ils sévissent et le sentiment d’impunité qu’ils peuvent ressentir à l’étranger. Cela dit, il n’y a aucune impunité : le parquet de Paris dispose d’une politique pénale ferme sur ce point. Les Français qui commettent ce type de faits à l’étranger doivent savoir qu’ils s’exposent à des poursuites en France.

Quels sont les profils des suspects et des victimes ?

Il n’y a pas de profil type d’agresseur. Ce sont majoritairement des hommes, issus de toutes catégories socioprofessionnelles, expatriés ou touristes sexuels. Quant aux victimes, elles sont souvent très jeunes, âgées de moins de 12 ans. Malheureusement, les enquêteurs n’arrivent pas toujours à les identifier, notamment car six mois ou un an après les viols, elles ne sont plus toujours localisables.

Les investigations ne permettent pas toujours de savoir combien les auteurs ont réellement fait de victimes. Nous ne pouvons pas exclure, vu la difficulté des enquêtes, une minoration. Ce sont rarement des cas isolés. Il y a des enfants qui n’ont pas de nom dans nos dossiers… C’est ce qui rend les procès plus complexes. Mais le parquet souhaite que leur statut de partie civile soit pris en compte et qu’ils puissent être représentés.


Source : Le Parisien le 9 mai 2019

marathon
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Re: Enquête sur les pédophiles français qui sévissent à l’étranger

Messagepar marathon » 09 mai 2019, 12:54

Ce que disent les pédophiles français devant les juges|



Jean-Christophe Q., soupçonné d’avoir violé et agressé au moins une cinquantaine d’enfants en Asie, a été arrêté en mars.


De récentes affaires illustrent le manque d’empathie des auteurs de violences sexuelles à l’étranger et leur tendance à minimiser les faits lorsqu’ils sont rattrapés.

Ils s’appellent Philippe, Olivier, Thierry, Christophe ou Denis. Comme Jean-Christophe Q., qui aurait agressé une cinquantaine d’enfants en Asie du Sud Est, ils sont Français et sont soupçonnés d’actes pédophiles commis à l’étranger. Presque tous ont été interpellés en France. Des hommes dont il est très difficile de dresser un profil. Dans ces dossiers, on trouve des célibataires, des pères de famille, des gens bien insérés… et même quelques femmes.

« Il y a quand même un point commun, ils ont tous des moyens financiers, relève Me Emmanuel Daoud, qui représente souvent l’association Ecpat devant les tribunaux. Pour partir régulièrement à l’autre bout du monde, éventuellement payer les autorités locales en cas de problème, il faut de l’argent… Et dans certains pays, la fortune inspire confiance. »

De l’argent, Olivier L. gastro-entérologue mis en examen pour des viols sur une dizaine d’enfants au Viêt Nam et en Birmanie n’en manque pas. Lors d’un interrogatoire devant la juge d’instruction, ce médecin de 57 ans en poste à Hanoï a expliqué gagner « 11 000 dollars par mois » (9 800 euros). Ce qui lui permettait de voyager partout dans le monde. « J’ai fait 50 pays, des voyages sur tous les continents. Mon niveau de vie me permet de voyager comme j’ai envie », a-t-il reconnu, niant pourtant tout lien avec le tourisme sexuel…

«L’impression de faire un acte de générosité»

Philippe G. lui aussi, a multiplié les voyages. Au Népal surtout. Interpellé en janvier 2016, ce Français de 49 ans, déjà condamné en 2005 pour agressions sexuelles sur mineurs, a trouvé le subterfuge idéal pour se rapprocher de ses proies : il présidait une association humanitaire qui finançait la scolarité d’orphelins népalais. Des garçons avec qui il dormait, se douchait et à qui il aurait imposé des fellations.

Huit jeunes victimes ont été retrouvées et Philippe G. devrait bientôt être renvoyé pour agressions sexuelles. Il peine pourtant à saisir la gravité de ses actes. Un psychiatre qui l’a rencontré durant l’instruction note ainsi « une absence de culpabilité » chez le suspect. Selon ses déclarations au spécialiste, « les garçons dormaient, donc n’étaient pas conscients, pas victimes ». Et lui, « pas agresseur ».

Un manque d’empathie souvent constaté chez ces pédophiles qui agissent à l’étranger. « Ces agresseurs ont parfois l’impression de faire un acte de générosité envers leurs victimes en les payant et exploitent ainsi leur misère », observe une source policièr



Lors d’une audition, Philippe G. a, par exemple, soutenu avoir « sauvé » les garçons dont il a abusé, qu’il présente comme « ses enfants ». « Ils sont pourtant traumatisés », s’indigne Me Noémie Saidi-Cottier, avocate de l’Ecpat, qui a rencontré les victimes au Népal. Olivier L. assure, lui, qu’il faisait même preuve de « gentillesse » avec ses victimes : « Je les nourrissais, je m’occupais d’eux, je leur donnais des vêtements propres, de l’argent… »

«Je n’ai jamais forcé personne»

Condamné à 16 ans de prison en 2016 pour le viol de 66 enfants au Sri Lanka, Tunisie et Égypte, Thierry D. a quant à lui prétendu que ses actes ont juste « dépassé [sa] volonté ». Qu’il n’a pas su résister aux avances de jeunes garçons qui l’auraient abordé lors de ses séjours en Asie. Une défense également brandie par Olivier L. lors d’un interrogatoire, alors que la magistrate le questionnait sur ses agressions au Viêt Nam : « Vous prenez un thé, ce sont eux qui viennent, ils s’assoient à côté de vous pour vous proposer leurs services […] Je me suis laissé entraîner. »

Minimisant les faits, parlant de « hasard » quand la juge l’interrogeait sur des clichés d’enfants nus découverts sur son appareil photo, le médecin a réfuté toute « contrainte » lors de ces rapports sexuels. « Je n’ai jamais forcé personne. » Un classique du genre, tout comme quand il jure que les garçons avaient « plus de 15 ans ».

L’autre explication avancée, c’est celle d’un comportement déviant né d’un traumatisme ancien. Thierry D. a, par exemple, affirmé, durant son procès, avoir mal vécu son « homosexualité refoulée » au sein d’une famille catholique pratiquante. Olivier L. a, lui, mis en avant « les actes sexuels de la part d’un chef scout » qu’il a subis durant son enfance. En revanche, aucun des mis en cause ne parle des enfants abusés comme des victimes. Que ce soit de leurs agissements ou de la pauvreté dans laquelle ils évoluent.


Source : Le Parisien le 9 mai 2019


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