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  Laurent Nizette
 




Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, l’hypnose évoque un homme du XIXe siècle, entre deux âges, barbu, balançant un médaillon devant les yeux ébahis d’une personne sujette à je ne sais quelle expérience psycho-paranormale.

Pour moi, l’utilisation de l’hypnose dans le domaine judiciaire était réservée aux thrillers américains. J’ai donc été fort surprise d’apprendre que dans nos contrées européennes, nous avions parfois recours à cette technique lors d’enquêtes policières.

Essayons donc de définir l’hypnose et de déterminer quelles peuvent être ses applications dans le domaine policier.

 

1. Définition de l'Hypnose

Le Robert définit l’hypnose comme étant « un sommeil incomplet, provoqué par des manœuvres de suggestion ».

Cependant, la définition émanant du domaine psycho neurologique est beaucoup plus complexe :

L’hypnose est un état cérébral dans lequel le sujet est tourné vers son monde intérieur, et totalement déconnecté des stimuli extérieurs. Le seul contact qu’il garde avec le monde extérieur est la voix de l’hypnotiseur.
Cette isolation permet au sujet de se concentrer exclusivement sur lui-même, et donc de porter une attention sans pareille à, par exemple, un souvenir, enfoui dans sa mémoire.
En analysant alors ce souvenir sous toutes les coutures, il peut faire revenir à sa mémoire consciente certains éléments du souvenir.

Veille paradoxale

L’état d’hypnose paraît sommeil, mais ne l’est pas.

Il s’agit d’un état de veille qui est appelée « veille paradoxale », car le sujet, bien qu’éveillé et produisant une activité cérébrale très intense, semble endormi.

Ce terme n’est pas sans rappeler celui de « sommeil paradoxal », où le sujet est par contre endormi, tout en présentant aussi une activité cérébrale élevée.

Dans ces deux états, l’activité cérébrale est orientée vers l’imaginaire. Le sommeil paradoxal est générateur de rêves, tandis que la veille paradoxale favorise le voyage imaginaire.

Toutefois, il existe une différence primordiale entre ces deux états :

Dans le sommeil paradoxal, le sujet subit ses créations imaginaires (les rêves sont tout à fait ou en grande partie incontrôlés), tandis que dans la veille paradoxale, le sujet utilise et oriente ses créations imaginaires pour reconstruire le monde qu’il connaît, pouvant ainsi accéder aux souvenirs cachés dans son inconscient.

 
2. Les Auditions sous Hypnose

Les auditions se font sous hypnose dans certains cas spécifiques (faits graves, peu d’indices…), lorsque le témoin ou la victime ne parvient plus à se souvenir d’éléments pouvant être décisifs pour l’enquête (plaque d’immatriculation, description d’un suspect, etc), et uniquement à la demande expresse du Magistrat en charge du dossier.

Sous hypnose, la concentration du sujet va être accrue, et son attention canalisée sur l’élément oublié. Ceci implique que grâce à cette technique, il est possible que le sujet se remémore plus précisément la scène à laquelle il a assisté, et donc qu’il parvienne à ramener à sa conscience un élément important.

L’audition sous hypnose est effectuée par un expert en hypnose judiciaire. Il ne s’agit donc pas d’un simple hypnotiseur.
Cet expert se sera préalablement concerté avec les enquêteurs afin de connaître les objectifs concrets de l’audition.
Il devra aussi déterminer s’il pourrait exister des contre-indications à l’emploi de l’hypnose, compte tenu, par exemple, de la sensibilité de la personne, ou de la nature des faits analysés.

Souvent, un premier entretien entre l’expert et le sujet est organisé en vue d’informer, et de familiariser ce dernier à l’hypnose judiciaire.

Il existe plusieurs conditions au bon déroulement d’une audition sous hypnose :

  • Il est important que la séance d’hypnose judiciaire soit video-filmée.
  • Il est grandement préférable que l’expert soit seul avec le sujet lors de la séance, ceci afin d’éviter des influences ou des interventions parasites de la part des enquêteurs.
  • Le sujet doit avoir été entendu préalablement, et cette audition doit de préférence être également video-filmée. Ceci en vue de comparaisons entre les deux auditions.
  • Le sujet doit avoir été confronté le moins possible avec des éléments de l’enquête (photos, indices, suspect…) avant l’hypnose judiciaire.
  • Il vaut mieux que le sujet ne connaisse pas exactement l’élément qui est recherché, et ceci afin que la séance d’hypnose, ainsi que les résultats qui vont en découler, soient le plus spontané possible.
  • Il faut bien évidemment que l’appel à un expert en hypnose judiciaire se fasse dans un délai de temps le plus court possible après les faits.

Le respect de ces conditions est nécessaire pour éviter que l'hypnose judiciaire soit contestable (voir point suivant).

En Belgique, le recours à un expert en hypnose judiciaire se fait via le service fédéral des Sciences Comportementales.

 
3. Contestabilité des Hypnoses Judiciaires

Même si l’hypnose a parfois permis d’apporter des indices valables, tout élément apporté par l’hypnose ne peut pas être retenu comme preuve irréfutable.

En effet, plusieurs choses peuvent biaiser les résultats :

  • Des questions orientées sont susceptibles d’agir comme des suggestions involontaires, influençant les résultats de l’hypnose, et donc faussant les indices ainsi recueillis.
  • Il est possible de mentir sous hypnose. L’hypnose judiciaire est donc à éviter chez les suspects, pour des raisons bien évidentes, et chez les témoins ou victimes qui pourraient tirer avantage d’une certaine issue de l’enquête.
  • Il est également possible que le sujet se remémore tout simplement des faux souvenirs.


Les éléments mis à jours par l’hypnose doivent donc être confirmés par d’autres indices, ou par d’autres témoignages…

 

4. Utilisation en Belgique

En Belgique, l’hypnose judiciaire est organisée dans le cadre d’une expertise judiciaire, et uniquement à la demande du Magistrat.
L’utilisation de cette technique est soumise à un protocole strict et régulièrement mis à jour à partir des expériences passées et des résultats de recherches dans le domaine.

Article de Valérie

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